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Marie, une pépite en chocolat

Pour Marie, « le chocolat comme la cuisine, ça vient du cœur ». Et c’est justement avec une grande bonté que ce maître-chocolatier pratique son métier.

Arrivée à Singapour il y a un an et demi à peine, la Française a installé ses cuisines à Paya Lebar, dans les locaux de l’APSN – Association for Persons with Special Needs. Marie travaille avec une quinzaine d’adultes singapouriens à faible quotient intellectuel et leur apprend à faire du chocolat mais aussi à le préparer et l’emballer pour le vendre ensuite à des entreprises.

« C’est fantastique de travailler avec eux; ils sont très drôles; ils sont pleins de vie », raconte Marie, elle aussi toujours joviale.

Un métier, une passion

« Je fais un métier génial, je fais du chocolat et je le travaille enfin comme j’aime le faire », explique la fondatrice de l’entreprise sociale Wildness.

L’équipe singapourienne de Wildness dans les locaux de l’APSN.

Marie est une gourmande. Et à force de manger du chocolat noir, elle est victime d’une rare intoxication à l’oxalate le soir de son anniversaire l’année dernière. Le chocolat c’est sa passion. Après avoir étudié dans une école de Cuisine, mention spéciale Chocolaterie, elle se perfectionne auprès du célèbre maître-chocolatier lyonnais Maurice Bernachon.

En 2011, elle fait même l’acquisition au Brésil d’une plantation sur laquelle pousse notamment du cacao.  C’est là qu’elle vit avec sa famille pendant quelques années avant de retrouver « sa maison » : la Nouvelle-Zélande. 

Marie arrive à Wellington à l’âge de 22 ans. A l’époque, elle travaille pour la chaîne hôtelière Intercontinental. Le pays des Kiwis devient son pays d’adoption dont elle a même obtenu la nationalité. Et c’est là que tout a commencé.

Une parenthèse brésilienne

En 2014, à son retour du Brésil donc, Marie, maman de trois enfants décide de créer sa chocolaterie, en travaillant notamment un fruit qu’elle a découvert à Bahia… le Cupuaçu (prononcé « Ku-poo-ah-soo ») qui appartient à la même famille que le cacao. Toutes les semaines, elle reçoit du Brésil par courrier, sous vide, des morceaux de fruits séchés qu’elle mélange à son chocolat. Une façon pour elle de faire découvrir cette chaire blanche aux nombreuses propriétés anti-oxydantes.

Autre souvenir du Brésil, le logo de la chocolaterie : un petit singe, un Capucin du Parc de Conduru.

Des prisonniers comme employés

Un soir, en regardant – installée dans son salon à Wellington- un documentaire de Pierre Bellemare sur le travail des prisonniers en France, la jeune entrepreneure a l’idée de recourir aux détenus pour l’aider dans son entreprise. Dès le lendemain, elle reçoit l’accord du « Department of Corrections » de travailler avec la prison de Rimutaka, située à une heure de la capitale, en pleine forêt.

Marie commence alors dans le quartier des femmes avant de s’agrandir et de s’installer dans la partie réservée aux hommes. Et c’est donc pour des raisons de sécurité que l’on taira son nom de famille. 

Wildness est la seule entreprise privée à être installée à l’intérieur même d’une prison néo-zélandaise. Mais pas question pour Marie de payer sa quinzaine d’employés au salaire habituellement bas versé aux prisonniers. Elle veut les payer normalement. « Ils s’occupent de l’impression des emballages, de la gestion des stocks de chocolats, de l’emballage des commandes et de la distribution jusqu’aux clients », explique Marie. Ils sont tous dans des endroits différents de la prison, purgeant des peines allant de douze ans à perpétuité, mais ils ont trouvé une façon de s’organiser. Le chocolat est quant à lui fabriqué à côté, à l’extérieur de la prison.

« Ma plus grande victoire est d’avoir donné sa chance à un détenu que personne ne voulait embaucher pour des missions à l’extérieur de la prison, raconte Marie. Il avait 27 ans lors de son incarcération et avait une peine de 30 ans à purger. Il est devenu mon chef d’équipe pendant 2 ans, il a retrouvé son estime de soi et aujourd’hui, il est employé à l’extérieur. C’est une très grande perte pour moi mais pour lui c’est bien ».  

Marie partage désormais son temps entre la Nouvelle-Zélande et Singapour, et en son absence, les détenus gèrent eux-mêmes les commandes. La Française de 40 ans a tissé de véritables liens avec ses employés d’ici ou là-bas. 

« C’est rare de ressentir autant de sentiments différents dans son métier, ajoute-t-elle. Travailler avec des personnes qui ont des besoins spécifiques n’a rien à voir avec une expérience auprès des prisonniers. »

Un chocolat exigeant

Le chocolat de Marie est noir ou rose, mais pas que… Il est aussi issu de l’agriculture biologique et provenant de plantations interdisant le travail des enfants, dans un respect profond de l’environnement. Son emballage imprimé à l’encre de soja est 100% biodégradable. « Les gens doivent comprendre que l’on peut faire du business tout en étant bio et social », conclut-elle. 

Frédérique Bedos, fondatrice du « Projet Imagine », portrait d’une femme authentique, une héroïne d’exception.

Frédérique Bedos, c’est un sourire radieux, un cœur rempli d’amour, une énergie inégalée… La journaliste, réalisatrice et surtout fondatrice du « Projet Imagine » était de passage à Singapour la semaine dernière, pour présenter notamment à l’INSEAD et au Lycée Français de Singapour, son ONG, pour que de l’inspiration naisse l’action… Portrait d’une femme authentique au parcours hors du commun.

Diplômée de l’École du Louvre et spécialiste d’égyptologie, la jeune femme à peine âgée de 23 ans à l’époque, est repérée dans un restaurant par le dirigeant américain de la chaîne Fashion and Design TV. Celle qui rêvait avec passion de pharaons et de pyramides, commence alors de façon imprévue une carrière de journaliste à New-York, à Londres et à Paris. Animatrice sur plusieurs chaînes de télévision et de radios – MTV Europe, France 2, M6, MCM, W9, Rire et Chansons et Europe2-  Frédérique Bedos interviewe les plus grandes stars du show-bizz, et présente plusieurs évènements musicaux de renom tels que les 20 ans des MTV Europ Music Awards ou encore les Victoires de la Musique.

Mais en 2008, elle commence à porter un regard critique sur le métier qu’elle pratique depuis tant d’années. Pour Frédérique Bedos, « il est hors de question de mettre son énergie au service de médias qui diffusent la peur ». Elle constate que la qualité des programmes diminue, la violence envahit les écrans et les informations les plus déprimantes sont diffusées en boucle sur les chaînes de télévision.

Frédérique Bedos ne veut pas exercer ce journalisme là. Au même moment, c’est son histoire personnelle qui remonte à la surface. Une histoire émouvante qui laisse des traces et qu’elle raconte dans son livre « La petite fille à la balançoire » sorti en 2013 (ed. Les Arènes 2013, réed. « J’ai Lu » 2015 »).

Une enfance hors du commun

Née d’un père haïtien qu’elle n’a jamais connu et d’une mère à la santé fragile, Frédérique Bedos est secourue par une famille d’accueil modeste du Nord de la France. Marie-Thérèse et Michel, ses parents adoptifs ont sauvé au fil des années une vingtaine d’enfants que l’on disait ‘’inadoptables’’, à cause de blessures ou de handicap trop lourds. « Mes parents adoptifs se sont laissés porter par leur cœur et ils ont pris le risque d’aimer ».

Dans une petite maison à Croix, Frédérique Bedos grandit au milieu d’une ribambelle d’enfants d’origines différentes. Parmi ses frères et soeurs, il y a Cathy qui est sourde profonde, Gaston, qui est défiguré et qui a perdu la vue en tombant dans un feu, Pierre-Vincent qui est né sans bras ni jambes mais aussi Virginie de Corée du Sud, Helen d’Inde du Sud, Lina et Nary, deux sœurs cambodgiennes… « Tout n’était pas facile à la maison mais qu’est-ce qu’on a pu rire », raconte émue Frédérique Bedos. « On était de tous les continents, de toutes les cultures, de toutes les religions et atteints de différentes blessures. Il y avait tout pour nous séparer et tout pour nous faire peur, mais l’amour nous a permis de tout surmonter. », confie-t-elle.   

« En 2008, je refais le puzzle et me rends compte que mes parents sont des héros, des héros humbles car la gloire n’a jamais été leur moteur. Et je réalise que des héros de ce type, il y en a partout dans le monde », explique la jeune femme. Alors elle quitte le monde des médias traditionnels. Finis les paillettes et les projecteurs.

Le Projet Imagine, une ONG d’information créée en 2010 qui a pour credo « de l’inspiration naît l’action ».

En 2010, Frédérique Bedos crée une ONG qui s’appelle « Le Projet Imagine » et qui est encore aujourd’hui la seule ONG d’information dans le monde.  Pratiquer « le journalisme avec espérance », c’est devenu son objectif. « Ce n’est pas du journalisme positif ou de bonnes nouvelles », précise-t-elle. Elle veut regarder les problèmes bien en face, profiter de la puissance de frappe des médias pour diffuser l’espérance et donner aux citoyens l’envie d’agir. Son slogan « de l’inspiration naît l’action ».

Sa manière à elle de raconter les histoires est différente. La journaliste professionnelle qu’elle est, veut s’intéresser aux gens et dresser en image le portrait de ces héros humbles. Qui sont-ils ? « Ce sont ceux qui soulèvent des montagnes, qui sont dans le dépassement de soi mais pas pour eux-mêmes, toujours pour la communauté qui les entoure et au-delà », définit Frédérique Bedos. Elle commence l’aventure avec de tous petits moyens et une caméra empruntée. Mais très vite, elle reçoit des messages d’encouragements, des petits chèques et l’aide de bénévoles. 

Le Projet Imagine rayonne à travers le monde

Depuis presque dix ans, le Projet Imagine a réalisé une trentaine de cours, moyens et longs métrages. Son premier film, « Des Femmes et des Hommes » a été sélectionné au Festival de Cannes en 2016, a reçu le Prix d’Argent du meilleur film documentaire aux Deauville Green Awards en 2016 et devient la référence internationale sur le thème de l’égalité femmes-hommes dans le monde. Son second long métrage, « Jean Vanier, le Sacrement de la Tendresse » est sorti sur grand écran en France en janvier dernier. Cet hommage au fondateur de l’Arche a, lui aussi, été sélectionné au Festival de Cannes, cette fois en 2017.

Le Projet Imagine, désormais doté du statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations-Unies, a ainsi obtenu une vraie reconnaissance internationale et institutionnelle. Frédérique Bedos, a elle reçu en 2017, les insignes de chevalier de l’Ordre National du Mérite et a été primée cette année à Miami du « Women who make a difference » Award de la part de l’International Women’s Forum (IWF).

L’ONG qui s’appuie désormais sur un réseau d’environ 45O bénévoles à travers le monde, a également conçu des programmes d’accompagnement vers l’action qu’elle déploie au sein des écoles, des entreprises ou même des prisons pour que l’action de ces héros discrets en inspire d’autres.

Des risques, Frédérique Bedos en a pris toute sa vie et continue d’en prendre aujourd’hui. Mais ça en vaut la peine ! Son ONG porte un message d’amour, l’antidote à la peur.

Pour en savoir plus:

Le Projet Imagine

Le Lycée Français de Singapour célèbre ses 50 ans.

En 1967, la Petite Ecole française de l'étranger est installée à Scotts Road. ©LFS

En 1967, la Petite Ecole française de l’étranger est installée à Scotts Road. ©LFS

C’est aujourd’hui et demain que se déroulent les festivités du cinquantenaire du Lycée Français de Singapour (LFS).

Dès ce matin, une cérémonie officielle qui se tiendra en présence de l’Ambassadeur de France à Singapour, Marc Abensour, du directeur de l’AEFE*, Christophe Bouchard et des représentants des autorités singapouriennes donnera le coup d’envoi des célébrations de ce jubilé.

Demain, l’établissement ouvrira ses portes pour permettre aux élèves et à leurs parents de découvrir plusieurs projets réalisés dans le cadre de cet anniversaire. Parmi eux, on compte plusieurs expositions photos qui retracent l’histoire du LFS, racontent la vie de l’établissement, témoignent de la vie du quartier et montrent 50 portraits d’élèves. Un film sur le modèle des frères Lumière intitulé « 50 ans, 50 courts métrages » sera également projeté dans l’amphithéâtre et met en avant le quotidien des deux campus d’Ang Mo Kio. A 9 heures débutera également une compétition d’escalade à laquelle devraient participer environ 200 jeunes passionnés. Et le tout en musique avec deux concerts donnés par les élèves. Enfin, cette matinée Portes Ouvertes se terminera par un discours du Proviseur, Christian Soulard et du Directeur Exécutif du LFS, Axel Foucault.

50 ans d’histoire

En 50 ans, l’établissement s’est évidemment beaucoup transformé. A l’époque, « La Petite Ecole française de l’Etranger » accueille quinze élèves. La structure est fondée en 1967* par une association de parents expatriés à Singapour et travaillant pour des entreprises françaises comme Michelin ou BNP. En 1976, la Petite Ecole devient l’Ecole française avant de prendre le nom du Lycée Français de Singapour en 1989.

Au fil des années, l’école s’est agrandie et a dû déménager à plusieurs reprises. D’abord situé dans les locaux de l’Alliance française à Scotts Road, l’établissement s’est ensuite installé à Draycott Park dans les années 70, puis à Bukit Tingii dans les années 80 et enfin sur son site actuel, à Ang Mo Kio en 1999.

Le LFS a toujours dû faire face à l’augmentation croissante de ses effectifs. Ces dix dernières années, le nombre d’élèves a même plus que doublé passant de 1328 en 2008 à 2824 en 2018. « Il faut rendre hommage à la politique menée par ce lycée, explique Christian Soulard, parce que cela a toujours été l’objectif du LFS de tout faire pour accueillir les Français arrivés à Singapour pour s’y installer et le lycée a rempli sa mission au service des Français, de la communauté française et des entreprises françaises. »

Et sa mission continue. « Lorsque le total d’élèves passera à 2900, nous nous préparerons à l’ouverture du nouveau projet immobilier pour la création d’un site pour la maternelle afin que le campus d’Ang Mo Kio 2900 regroupe tout le primaire et que celui d’Ang Mo Kio 3000 soit le site du secondaire », ajoute Corrine Petit, Secrétaire Générale du Conseil Exécutif du LFS.

Aujourd’hui, le LFS compte aussi 270 professeurs et 380 membres du personnels.

L'Ecole française se trouve à Draycott Park en 1980 avant de s'installer à Bukit Tinggi. ©LFS

L’Ecole française se trouve à Draycott Park en 1980 avant de s’installer à Bukit Tinggi. ©LFS

Les défis du LFS

L’internationalisation est clairement un objectif du LFS. Avec environ 10% de ses effectifs qui ne sont pas Français, le LFS souhaite s’ouvrir aux autres communautés. « C’est ancré dans l’ADN de l’établissement d’accueillir des élèves de d’autres horizons », précise Christian Soulard.

L’idée est aussi de « bien faire percevoir que l’éducation à la française est une éducation d’excellence qui permet de garder en poche tous les choix possibles », continue-t-il. Et de poursuivre, « à l’issue de la Terminale, il faut savoir que plus de la moitié des élèves partent faire leurs études supérieures hors de France. Le LFS donne les moyens aux élèves d’obtenir un bac français avec tous les éléments pour pouvoir intégrer un système universitaire français et anglo-saxon. »

Outre « le défi du numérique » et celui de « l’éducation à la responsabilité des futurs leaders de demain », le LFS s’attèle à la question de l’apprentissage des langues. « On est en train de réfléchir à la question pour redéfinir notre politique des langues, l’améliorer, et mettre une offre plurilingue pour répondre au mieux à la demande des parents », précise le Proviseur de l’établissement. Des annonces en ce sens devraient donc être faites prochainement.

 

 

*AEFE : L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger.

*C’est l’année scolaire 2017-2018 qui célèbre le cinquantenaire de l’établissement.

Singapour: destination préférée des Expats

Gardens by the Bay ©Colombe Prins

Gardens by the Bay ©Colombe Prins

Pour la troisième année consécutive, Singapour reste la destination préférée des expatriés, devant la Norvège et la Nouvelle-Zélande.

Une économie forte et une agréable qualité de vie familiale, Singapour ne manque pas d’attraits pour les expatriés qui classent la Cité-Etat au premier rang des destinations plébiscitées, selon l’étude menée cette année et publiée récemment par HSBC. Singapour est depuis trois ans la ville où il fait bon vivre, en considérant à la fois des critères économiques, familiaux et d’expérience vécue.

Les trois-quarts des expatriés confient dans cette enquête Expat Explorer que ce pays d’accueil offre un meilleur potentiel pour accroître ses revenus que leur pays d’origine. Les expatriés interrogés ont en effet remarqué depuis qu’ils ont déménagé une hausse de 42% de leur revenu annuel pour atteindre une moyenne d’environ 118.000 dollars US. Et c’est d’ailleurs la raison principale qui pousse les expatriés à venir s’installer à Singapour, selon l’étude de la banque.

Autre raison avancée : l’amélioration de la qualité de la vie. En effet, Singapour est une des villes les plus sûres au monde.

Toutefois, la vie d’expat reste chère à Singapour, surtout pour les familles. Selon l’étude, neuf parents interrogés sur dix précisent que les structures d’accueil des enfants sont plus chères que dans leur pays d’origine. Mais Singapour étant reconnue pour la qualité de l’éducation des enfants, « l’investissement semble en valoir la peine », précise le compte-rendu de l’enquête.

Selon le même rapport, les trois principaux secteurs d’activités qui emploient des expatriés à Singapour sont le secteur financier, le secteur des télécommunications, de l’informatique et de l’Internet ainsi que le secteur de la construction et de l’ingénierie.

Un classement mondial

Après Singapour, la Norvège et la Nouvelle-Zélande sont ensuite les destinations les plus prisées selon le sondage Expat Explorer. Sur 46 pays, la France apparaît quant à elle 23ème du classement mondial. L’Hexagone est une destination de choix pour les personnes retraitées ou de plus de 55 ans.

Les expats français

L’étude HSBC met également en avant quelques éléments concernant les expatriés français en général qui gagneraient 10% de plus à l’étranger qu’en France.

Mais « bien que plus de la moitié des ressortissants français à l’étranger sont des expatriés en série (55% par rapport à une moyenne mondiale de 43%), leurs actifs sont plus répartis entre leur pays d’accueil et leur pays d’origine que le patrimoine des autres expatriés », souligne l’enquête avant de préciser « près de la moitié (46%) des expatriés français ont de la richesse dans leur pays d’accueil et 37% ont également des actifs dans leur pays d’origine (contre 33% des expatriés à l’échelle mondiale). »

Isabelle Miaja, de l’architecture d’intérieur à l’art et vice versa

L'architecte d'intérieur, Isabelle Miaja vient d'ouvrir sa galerie d'art à Singapour.  ©Miaja Design Group

L’architecte d’intérieur, Isabelle Miaja vient d’ouvrir sa galerie d’art à Singapour. ©Miaja Design Group

C’est dans une ancienne shophouse, entièrement rénovée et modernisée, située sur Bukit Timah Road que Isabelle Miaja a choisi d’installer les nouveaux bureaux de son agence d’architecture d’intérieur mais surtout sa galerie d’art qui a ouvert ses portes la semaine dernière, en présence de l’Ambassadeur de France à Singapour, Benjamin Dubertret. Miaja Gallery est une galerie intimiste qui met en avant les œuvres de peintres, de sculpteurs et de designers, français et asiatiques. Une façon de renforcer le lien culturel entre l’Europe et l’Asie.

Pour cette franco-espagnole –précisément– installée à Singapour depuis plus de 20 ans, il s’agit d’une évolution dans sa carrière d’architecte d’intérieur. Désormais, Isabelle Miaja entend placer l’œuvre, la pièce unique d’art au centre de sa création architecturale et utiliser cette galerie comme un appui pour son agence Miaja Design. « Mes idées partent d’une pièce d’art et après cela explose en projet architectural », confie-t-elle avant d’ajouter que « la pièce d’art est le commencement d’une histoire ». D’ailleurs, elle raconte par exemple que le point de départ d’un projet d’hôtel construit aux Maldives était un bijou fait de diamants et d’ammonites.

Alors, Isabelle Miaja voyage beaucoup pour dénicher de nouveaux artistes, débusquer des œuvres uniques et découvrir les futures tendances. Elle ne s’arrête jamais. Une énergie débordante l’anime et les idées ne cessent de fourmiller. Son credo : « Be on top ! » (« Sois au top ! »). Et « En 25 ans de carrière, on ne m’a jamais révisé une présentation », raconte l’architecte d’intérieur.

Isabelle Miaja a conçu de prestigieux établissements hôteliers en Asie et au Moyen-Orient, tels que le Pullman Central Park de Jakarta, le Sofitel Hotel de Bombay ou encore le Desert Palm de Dubaï. Elle a aussi façonné l’hôtel Sofitel So de Singapour dans les moindres détails, des meubles de bar aux tableaux accrochés aux murs des chambres.

Au fil des années, la Française a acquis une certaine reconnaissance internationale et signe désormais d’un grand M arrondi ses créations. Miaja Design Group dont le siège est basé à Singapour, avec des bureaux aux Philippines et en Birmanie, compte un peu moins de 200 personnes. Le style Miaja est coloré et chaleureux. La designer n’aime pas le minimalisme.

 

Une reconnaissance internationale

Après des études de sociologie et de langues, c’est à Los Angeles que la jeune femme de 22 ans à l’époque décide de s’installer pour étudier les arts appliqués. Une fois diplômée, Isabelle Miaja ouvre son cabinet d’architecture d’intérieur. La Parisienne, séduite par le rêve américain travaille pendant dix ans en Californie pour de grandes agences de design avant de s’installer à Singapour en 1994.

Son père est joaillier, son grand-oncle est le poète espagnol Federico Garcia Lorca. Isabelle Miaja est elle aussi artiste: elle vient de lancer sa propre collection de coussins et de sets de table flanqués de détails urbains propres à Singapour.

Elle apprécie la poésie et l’histoire. Parfois, elle mêle les deux en écrivant notamment des poèmes sur Napoléon Bonaparte qu’elle envoie à chacun de ses trois enfants.

Déterminée, Isabelle Miaja poursuit ses rêves de jeunesse listés un jour sur une feuille lorsqu’elle avait une vingtaine d’années. Avant Noël, elle pourra cocher la case « créer mon propre thé ». D’ailleurs, elle devrait bientôt se consacrer à l’assemblage des arômes mais elle sait déjà que son thé –à son nom– dégagera quelques notes de « feuilles mouillées ».

Sur cette liste aux souhaits les plus fous, figurait déjà l’envie d’ouvrir sa galerie d’art. Isabelle Miaja est comblée, elle vient de réaliser son rêve.

 

Amélie Recroix, la Française qui se cache derrière French Studio

Amélie Recroix est la fondatrice de French Studio et Spanish Studio, deux écoles de langues installées à East Coast.

Amélie Recroix est la fondatrice de French Studio et Spanish Studio, deux écoles de langues installées à East Coast. ©Amélie Recroix

 

Elle n’était venue que pour 6 mois à Singapour, elle y réside désormais depuis 6 ans. Elle voulait profiter de son séjour dans la Cité-Etat pour apprendre l’anglais, elle a finalement ouvert sa propre école de langues à East Coast.

En 2009, Amélie Recroix suit son amoureux envoyé par une société française à Singapour pour ce qui devait être à l’origine une courte mission.

A 23 ans, la jeune femme originaire de Metz compte bien savourer ces instants en Asie avant de retrouver sa vie d’avant. Elle vient de terminer ses études d’optique-optométrie.

 

Des cours d’anglais aux cours de français

Au fil des mois, la mission de son compagnon –devenu son mari depuis- se prolonge, s’éternise. Et lorsque Amélie Recroix comprend qu’elle ne rentrera pas en France, elle préfère commencer une nouvelle vie. Ne pouvant exercer à Singapour dans le domaine paramédical, son domaine de prédilection, elle choisit de reprendre ses études et s’oriente vers une formation qui lui permettrait de travailler partout dans le monde. Elle prend donc des cours par correspondance de français langue étrangère (FLE) pour enseigner sa langue maternelle.

En 2011, Amélie Recroix crée French Studio et donne à domicile une vingtaine de cours de français par semaine. Ses premiers clients sont des Singapouriens, des Indiens et même des Français scolarisés dans des écoles internationales. Grâce au bouche-à-oreille, sa structure se développe et dès 2012, la jeune prof décide d’embaucher d’autres enseignants et de louer des locaux pour y installer des salles de classe. Aujourd’hui, French Studio se situe dans une jolie petite shophouse de Joo Chiat Road, à l’est de Singapour et compte 15 professeurs et 400 étudiants par mois. En décembre 2014, une deuxième structure a ouvert : Spanish Studio est né.

 

Son école, sa vie

Amélie Recroix se dédie entièrement à son école, son projet, son bébé en quelque sorte. « Je connais à 80% les prénoms des élèves et les raisons pour lesquelles ils veulent apprendre le français ou l’espagnol », raconte-t-elle .

Travailleuse, la directrice d’école ne prend qu’une dizaine de jours de vacances par an depuis 4 ans. « Mon téléphone ne me quitte jamais », explique-t-elle. « Je n’ai plus le temps d’enseigner, je ne fais que des remplacements car je m’occupe de tout le reste : l’administratif, le marketing, le recrutement, l’animation des sites Internet, la recherche de nouveaux clients… », poursuit la chef d’entreprise.

Perfectionniste, Amélie Recroix n’a pas hésité à demander la certification de son établissement par le Ministère de l’Education qu’elle a obtenue en 2013, au prix de lourds efforts, au terme d’un long processus. « Nous avons été plusieurs fois inspectés, nous avons du traduire en anglais tous les cours de français afin que les inspecteurs les étudient et nous avons même du repousser un des murs de l’école de 10 cm afin d’être aux normes, mais cette certification était importante pour moi, c’est un gage de qualité », précise-t-elle.

Généreuse, Amélie Recroix veut faire connaître la culture française à ses étudiants, à travers les cours mais aussi via des événements qu’elle organise toute l’année dans différents restaurants français de Singapour.

 

Une femme de l’Est

« L’optique me paraît loin mais ne me manque pas», confie la jeune française qui ne regrette pas sa nouvelle vie. « Cela demande beaucoup de temps et de sacrifices mais je suis contente de me lever tous les matins pour aller travailler », raconte-t-elle.

Amélie Recroix vit et travaille à East Coast, « un quartier sympa » qu’elle apprécie et qu’elle ne se verrait pas quitter.

« Singapour, avec sa diversité culturelle, me correspond plus que l’Europe », avoue-t-elle avant d’ajouter qu’« il est plus simple de créer une entreprise dans la Cité-Etat qu’en France ». Mais pour Amélie Recroix, « ce n’est pas pour autant facile tous les jours d’être loin de (s)a famille ». L’éloignement est pesant. « C’est la règle du jeu, on le savait », conclut-elle.

 

 

Pour en savoir plus :

http://www.frenchstudio.sg

http://www.spanishstudio.sg 

 

La Cité-Etat vue par une française qui habite à Singapour depuis plusieurs années

Ariane Nabarro est guide francophone à Singapour. ©Colombe de l'Epine.

Ariane Nabarro est guide touristique à Singapour. ©Colombe de l’Epine

 

Ariane Nabarro est installée à Singapour depuis 17 ans et nous confie la vision qu’elle a de ce pays. 

Quel regard portez-vous sur Singapour ?

C’est l’évolution de ce pays en 50 ans qui me touche. J’ai vu grandir ce pays qui est en perpétuelle mutation et soit on se met dans la mouvance, soit on reste en dehors. Le gouvernement avance et il avance vite. A partir du moment où il veut lancer un projet, il met tout en œuvre pour que cela réussisse et que la population l’accepte en s’appuyant sur les moyens de communication, la presse locale, les réseaux sociaux…

Les Singapouriens ont une capacité à s’adapter, à se remettre en question et à repérer ce qui se fait de bien chez les autres pour le refaire en mieux. Par exemple, l’île de Semakau qui sert à récupérer les cendres de nos ordures. Ils se sont notamment inspirés des Japonais pour concevoir l’île, construite à partir de deux petits îlots réunis grâce à l’enfouissement des déchets incinérés à Singapour et dont les cendres sont transportées par des barges électriques puis disposées en parcelles sur l’île. Mais le plus étonnant, c’est que la faune et la flore ont fait leur apparition avec des crustacés, des poissons, des algues dans la mer et il y a aussi des oiseaux qui viennent se poser dans ce havre de paix.

Les Singapouriens m’impressionnent aussi à concevoir des lieux où l’utile et l’agréable sont maximisés comme à Marina Bay.

Ils sont des champions de la reconversion. Par exemple, l’ancienne Cour Suprême –que j’ai connue en activité- et le City Hall vont bientôt devenir la National Art Gallery. Les bâtiments et les lieux ne disparaissent plus autant qu’avant. Le gouvernement a changé de politique. Il fut un temps où il détruisait pour rebâtir. Maintenant, il conserve certains monuments à condition que ces bâtiments puissent être utiles à une autre destination.

Je suis complètement portée par ce pays et je le porte aussi. Après avoir été guide bénévole dans les musées, pour les Friends of Museum, pendant plus de 15 ans, je suis devenue guide touristique agréée par le STB, Singapore Tourism Board, l’organisme national du tourisme. Je « vends » Singapour à qui veut m’entendre!

 

Qu’est-ce qui vous plaît à Singapour ?

En arrivant, j’ai été tout de suite très sensible aux différentes tonalités de vert qui existent à Singapour. La verdure est omniprésente. Il y en a même sur les murs et les balcons aujourd’hui. C’est incroyable de voir l’abondance de cette nature dans un si petit pays.

En terme d’honnêteté et de sécurité, Singapour est un pays hors-norme. En débarquant de l’avion en 1997, j’ai d’abord oublié ma caméra sur le comptoir de l’immigration à l’aéroport, lorsque je m’en suis rendue compte le soir, j’ai appelé et je l’ai retrouvée. Le lendemain, j’ai laissé mon sac à main dans les rayons d’un magasin, une heure après il était encore là. Il faut préciser que c’était ma toute première expatriation, que j’étais « bien enceinte » et que je ne savais pas ce qui m’attendait dans ce pays tout nouveau. Ici, je ne me méfie pas des gens, ils sont gentils. Je ne pense pas au danger et je n’ai pas peur que l’on me vole mon portefeuille ou mon sac.

Après tant d’années passées à Singapour, j’ai beaucoup de tendresse pour ce pays même si évidemment certaines choses m’agacent comme leur conduite. Ils ne sont pas sûrs d’eux mais roulent très vite malgré tout et ils ne sont pas capables de rester dans leur file. Le Singapourien a besoin d’au moins deux files pour conduire. Le pays est aussi très tourné vers l’argent. Ils boursicotent même dans les hawkers centers (lieu de restauration locale située en extérieur, ndlr). Et beaucoup de choses sont basées sur l’argent.

 

Qu’avez-vous appris à Singapour ?

Quand on s’est mis en tête qu’on vit dans un pays qui n’a que 50 ans, je trouve que l’on devient beaucoup plus tolérant car on n’a pas le même passé.

C’est un pays d’immigration. Tout a l’air très international mais c’est un vernis car chacun a amené sa culture et la garde. Ce qui est impressionnant dans ce pays, c’est qu’il y beaucoup de cultures et de religions différentes mais la population cohabite en harmonie : les personnes ne sont peut-être pas toujours sur la même longueur d’onde, mais elles se respectent.

Je trouve cela formidable d’essayer de se mettre à l’unisson et de vivre à l’heure singapourienne. Pour Deepavali, je sors les lumières et les bougies pour décorer ma maison, pour Chinese New Year, j’accroche les lanternes chinoises et je transforme tout en rouge et or…Il n’y a pas de saisons ici, ce sont donc les fêtes religieuses qui rythment ma vie. J’ai acquis une grande ouverture d’esprit à Singapour, j’ai des amies du monde entier et de toutes les religions dont j’aime la compagnie; j’apprends quotidiennement.

 

A Singapour, « nous sommes Charlie »

Nous-sommes-CharlieCe soir à 19 heures, une minute de silence sera observée à l’Ambassade de France à Singapour en hommage aux victimes de l’attentat commis hier dans les locaux du magazine Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts dont les dessinateurs Charb, Cabu, Tignous, Wolinski, l’économiste Bernard Maris et deux policiers.

La communauté française – munie d’une pièce d’identité et dans les limites des places disponibles- est invitée à se joindre par la pensée à cette journée de deuil national décrétée en France. Les Français de Singapour ont depuis hier manifesté leur émotion sur les réseaux sociaux, en partageant notamment des unes publiées de Charlie Hebdo. Un dessin du Marina Bay Sands avec un crayon représenté à la place du toit a même été posté sur Facebook, en soutien.

De son côté, le gouvernement singapourien a fermement condamné ce matin cette « attaque odieuse », selon le quotidien The Straits Times. « Nous exprimons nos condoléances aux familles des victimes et au peuple français », a déclaré le porte-parole du Ministre des Affaires Etrangères dans un communiqué, rappelant que « tous les pays sont confrontés à la menace commune du terrorisme ».

Christophe Megel, un homme d’affaires en chef

Christophe Megel, président du Bocuse d'Or à Singapour.

Christophe Megel, président du Bocuse d’Or à Singapour. ©Christophe Megel

A deux mois de la prestigieuse compétition culinaire du Bocuse d’Or qui se déroule à Lyon les 27 et 28 janvier prochains, Christophe Megel conseille et encourage le candidat singapourien, Yew Eng Tong, actuellement chef du restaurant du Resorts World Sentosa, Ocean.

Car depuis 2002, le Français est en effet le président du comité local du Bocuse d’Or et prend son rôle très à cœur. « En dix ans et cinq participations, Singapour a remporté une médaille d’or, une d’argent et deux de bronze lors des finales régionales Asie-Pacifique », précise le chef Christophe Megel.

Des défis…

Le Français, originaire du pays de Bitche (Moselle) aime relever les défis. C’est ainsi qu’il devient à 28 ans chef exécutif du Ritz-Carlton Millenia à Singapour en 1999. « A l’époque, l’hôtel comptait plus de 600 chambres, 7 restaurants et était déjà le plus grand Ritz du monde », explique-t-il avant d’ajouter que les mauvaises langues du pays se demandaient combien de temps ce jeune Français allait tenir. Mais ses proches disent de lui qu’il est « invincible », « triomphant » et « visionnaire ». Christophe Megel est l’un des premiers chefs à avoir introduit le concept du brunch luxueux « avec homards, huîtres et champagne » à Singapour. Au Ritz, le succès est immédiat. « On a du organiser deux services afin de servir près de 500 couverts », se souvient-il.

…à Singapour comme ailleurs…

Avant de s’installer à Singapour, Christophe Megel cuisine dans les plus grands restaurants du monde. C’est d’abord au Louis XV de Monte-Carlo qu’il apprend le métier, formé pendant cinq ans par Alain Ducasse, chef aux multiples étoiles et devenu aujourd’hui un ami. Puis il s’envole pour New-York rejoindre l’équipe du Cirque, «  un des meilleurs restaurants d’Amérique du Nord », précise le Français. Là, il rencontre le patron de Samsung qui lui propose de le suivre à Séoul. Christophe Megel collabore alors avec le chef étoilé Alain Senderens qu’il représente en Corée du Sud. Le Mosellan ne quittera plus l’Asie. Issu d’une famille de restaurateurs à Reyersviller, il reçoit en 1996 le prix du meilleur jeune chef d’Asie à 26 ans. Il devient ensuite sous-chef exécutif du Ritz-Carlton d’Osaka au Japon avant de s’établir dans la Cité-Etat qu’il considère désormais comme « chez lui ». Sa femme est d’ailleurs d’origine peranakan (descendants des premiers immigrés chinois installés dans la région).

Et toujours plus de défis…

Toujours à la recherche de nouveaux challenges, Christophe Megel se lance dans l’édition et publie en 2004 des recettes  de cuisine « Asian Tapas : small bytes big flavors ». Dix ans après, « le livre en est à sa 6ème réédition, a été traduit en sept langues et vendu à environ 150.000 exemplaires », précise le chef.

En 2005, il s’essaie à l’enseignement et développe l’école de cuisine « At-sunrice » basée sur un système d’apprentissage à la française qui forme plus de 2.000 élèves aux diplômes d’état singapouriens. L’année dernière, Christophe Megel quitte cette « académie de chefs » pour « se réinventer dans le mécénat », dit-il. Il veut aider de jeunes entrepreneurs à se développer dans les métiers de la bouche. C’est ainsi par exemple qu’il conseille l’équipe du Bar-Roque Grill à l’hôtel Amara.

Dans son portefeuille, les cartes de visite sont aussi nombreuses que ses idées de projets. Le Français ouvre le 11 décembre une boulangerie » Do-main Bakery » au 226 Tanjong Katong road et envisage également de monter  une charcuterie. « Je ne m’arrête jamais », précise-t-il même s’il aime à dire qu’« il ne travaille plus ». Sans doute parce que aujourd’hui, le chef Megel ne cuisine plus que pour se faire plaisir.

Stéphanie Lemaire, une créatrice à vive allure

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Stéphanie Lemaire, styliste et fondatrice de la marque Château de sable. ©CDS

Avec son mètre enfilé autour du cou, Stéphanie Lemaire est en plein travail, cachée derrière quelques portants de vêtements. Sans doute, choisit-elle ses tissus, ajuste-t-elle ses prototypes ou dessine-t-elle de nouveaux croquis ? Dans ses bureaux d’Arab Street situés en plein cœur du quartier textile de la Cité-Etat, la styliste crée avec son équipe en moyenne deux à trois modèles chaque jour pour sa marque qu’elle a lancée il y a près de 14 ans.

Après avoir travaillé à Paris pendant plusieurs années pour de grandes enseignes de prêt-à-porter telles que Cyrillus, La City puis Camaïeu, elle décide, en arrivant à Singapour, de fonder sa propre ligne de vêtements pour enfants, « Château de sable ». Avec comme mot d’ordre : qualité et soin des détails qui apportent une touche de modernité à des modèles plutôt classiques. « On crée même nos tissus sur ordinateur », explique la styliste, exigeante et soucieuse d’innover.

« Je me suis très vite lancée dans mon business plan, j’ai trouvé des fabricants en Malaisie pour limiter les frais et j’ai commencé mes premières ventes à la maison », se souvient la directrice âgée d’une trentaine d’années à l’époque. « Les modèles ont tout de suite plu et j’ai ouvert la première boutique un an après, en 2002, au troisième étage du centre commercial de Tanglin Mall », poursuit-elle.

Aujourd’hui, Château de sable compte 25 boutiques réparties dans 12 pays dont la France, le Canada, le Royaume-Uni, le Cambodge, les Philippines et la Thaïlande. Seuls, le magasin historique de Tanglin Mall à Singapour et les trois autres points de vente en France sont détenus en propre, le reste étant en franchise.

 

« Une passionnée de la fringue »

Stéphanie Lemaire a baigné toute son enfance dans le monde du textile. « Mes deux grands-pères avaient une usine de filature dans le Nord et mes parents ont toujours pris soin de bien nous habiller », précise-t-elle. A dix ans, la Lilloise prend déjà des cours de couture. A 20 ans, elle étudie le métier dans une école de stylisme. « Je suis une vraie passionnée de la fringue », lance la créatrice en précisant « dès que j’avais un peu d’argent d’avance j’allais le dépenser dans les vêtements, c’est mon pêché-mignon ».

Mère à son tour, elle souhaite aussi transmettre à ses trois enfants l’éducation vestimentaire qu’elle a reçue et qui fait, selon elle, partie du bagage à donner à ses bambins. Ses deux filles et son fils ont d’ailleurs toujours été associés à son activité. « Depuis qu’ils sont tout petits, j’essaie mes échantillons sur mes enfants, explique la directrice de Château de sable, maintenant, à 14, 13 et 10 ans, ils me disent ce qu’ils en pensent et sont contents de m’aider. »

 

« Une vie intense »

Malgré une vie familiale et professionnelle bien remplie, Stéphanie Lemaire, à 42 ans, trouve encore le temps de faire du sport : footing, tennis et yoga rythment ses longues journées qui commencent à six heures du matin. Et pour s’évader de son quotidien, elle choisit la lecture et les romans qui l’emmènent loin de son atelier.

« J’aime les vies intenses », précise-t-elle. L’expatriation pimente certainement la sienne. Stéphanie Lemaire a d’abord suivi son mari au Maroc avant d’arriver en 2000 à Singapour. En 2011, c’est à nouveau à Casablanca que la famille Lemaire s’installe avant de revenir vivre dans la Cité-Etat il y a tout juste quelques mois. Des allers retours qui ne l’ont pas empêchée de poursuivre son activité à distance. Au contraire, c’est à ce moment-là que Stéphanie Lemaire en profite pour s’implanter et se faire connaître en France. Et lorsque la jeune femme passe aujourd’hui devant l’une de ses boutiques, tout ressemble pour elle à « un joli rêve ».