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Stéphanie Lemaire, styliste et fondatrice de la marque Château de sable. ©CDS

Avec son mètre enfilé autour du cou, Stéphanie Lemaire est en plein travail, cachée derrière quelques portants de vêtements. Sans doute, choisit-elle ses tissus, ajuste-t-elle ses prototypes ou dessine-t-elle de nouveaux croquis ? Dans ses bureaux d’Arab Street situés en plein cœur du quartier textile de la Cité-Etat, la styliste crée avec son équipe en moyenne deux à trois modèles chaque jour pour sa marque qu’elle a lancée il y a près de 14 ans.

Après avoir travaillé à Paris pendant plusieurs années pour de grandes enseignes de prêt-à-porter telles que Cyrillus, La City puis Camaïeu, elle décide, en arrivant à Singapour, de fonder sa propre ligne de vêtements pour enfants, « Château de sable ». Avec comme mot d’ordre : qualité et soin des détails qui apportent une touche de modernité à des modèles plutôt classiques. « On crée même nos tissus sur ordinateur », explique la styliste, exigeante et soucieuse d’innover.

« Je me suis très vite lancée dans mon business plan, j’ai trouvé des fabricants en Malaisie pour limiter les frais et j’ai commencé mes premières ventes à la maison », se souvient la directrice âgée d’une trentaine d’années à l’époque. « Les modèles ont tout de suite plu et j’ai ouvert la première boutique un an après, en 2002, au troisième étage du centre commercial de Tanglin Mall », poursuit-elle.

Aujourd’hui, Château de sable compte 25 boutiques réparties dans 12 pays dont la France, le Canada, le Royaume-Uni, le Cambodge, les Philippines et la Thaïlande. Seuls, le magasin historique de Tanglin Mall à Singapour et les trois autres points de vente en France sont détenus en propre, le reste étant en franchise.

 

« Une passionnée de la fringue »

Stéphanie Lemaire a baigné toute son enfance dans le monde du textile. « Mes deux grands-pères avaient une usine de filature dans le Nord et mes parents ont toujours pris soin de bien nous habiller », précise-t-elle. A dix ans, la Lilloise prend déjà des cours de couture. A 20 ans, elle étudie le métier dans une école de stylisme. « Je suis une vraie passionnée de la fringue », lance la créatrice en précisant « dès que j’avais un peu d’argent d’avance j’allais le dépenser dans les vêtements, c’est mon pêché-mignon ».

Mère à son tour, elle souhaite aussi transmettre à ses trois enfants l’éducation vestimentaire qu’elle a reçue et qui fait, selon elle, partie du bagage à donner à ses bambins. Ses deux filles et son fils ont d’ailleurs toujours été associés à son activité. « Depuis qu’ils sont tout petits, j’essaie mes échantillons sur mes enfants, explique la directrice de Château de sable, maintenant, à 14, 13 et 10 ans, ils me disent ce qu’ils en pensent et sont contents de m’aider. »

 

« Une vie intense »

Malgré une vie familiale et professionnelle bien remplie, Stéphanie Lemaire, à 42 ans, trouve encore le temps de faire du sport : footing, tennis et yoga rythment ses longues journées qui commencent à six heures du matin. Et pour s’évader de son quotidien, elle choisit la lecture et les romans qui l’emmènent loin de son atelier.

« J’aime les vies intenses », précise-t-elle. L’expatriation pimente certainement la sienne. Stéphanie Lemaire a d’abord suivi son mari au Maroc avant d’arriver en 2000 à Singapour. En 2011, c’est à nouveau à Casablanca que la famille Lemaire s’installe avant de revenir vivre dans la Cité-Etat il y a tout juste quelques mois. Des allers retours qui ne l’ont pas empêchée de poursuivre son activité à distance. Au contraire, c’est à ce moment-là que Stéphanie Lemaire en profite pour s’implanter et se faire connaître en France. Et lorsque la jeune femme passe aujourd’hui devant l’une de ses boutiques, tout ressemble pour elle à « un joli rêve ».

Emmanuel Brouillet, fondateur et directeur de The French Bookshop. ©Colombe Prins

Emmanuel Brouillet, fondateur et directeur de The French Bookshop. ©Colombe Prins

C’est au numéro 55 de la rue Tiong Bahru, que se niche au fond d’un étroit couloir, une librairie française. Le bâtiment blanc, haut de quelques étages seulement comme toutes les autres constructions de « l’estate » – centre de Tiong Bahru- date de 1936. « C’est la première cité HLM que les Britanniques ont créée pour décongestionner Chinatown », raconte Emmanuel Brouillet, le fondateur de The French Bookshop.

Le quartier ressemble à un petit village d’ailleurs réputé pour son marché aux poissons, sa célèbre boulangerie française et plein d’autres charmants magasins d’artistes et de designers.

La librairie aussi est authentique. Au sol, les tommettes bleues et grises sont d’origine. « Le magasin se trouve dans une ancienne cuisine et j’ai du faire enlever l’évier lorsque nous nous y sommes installés il y a trois ans », poursuit le français originaire du sud-ouest.

Des polars et des livres d’histoire

Aujourd’hui, les casseroles ont donc cédé leur place aux 6.000 ouvrages que compte la librairie. Et il y en a pour tous les goûts et tous les âges. « J’ai essayé d’équilibrer pour représenter les différents genres de la littérature, explique le directeur. Nous avons des romans policiers, de la science-fiction, des livres pour les adolescents et les enfants, des livres d’histoire, de cuisine, des guides de voyage ainsi que de la littérature générale avec des auteurs de diverses nationalités -française, américaine, anglaise, espagnole, italienne mais aussi du Moyen-Orient et de l’Asie. »

Passionné de polars et d’histoire, cet amoureux des livres a presque lu tous les ouvrages mis en rayon. « Ici c’est un peu le prolongement de ma bibliothèque personnelle. Tous les livres que j’ai aimés doivent y être et dès que je vends un livre qui m’a plu, je le commande à nouveau », ajoute-t-il.

C’est donc par amour du livre que Emmanuel Brouillet décide de créer The French Bookshop en 2009, d’abord à Chinatown puis à Turf City. Il y passe tous ses week-ends à classer, passer les commandes et assurer les tâches administratives. Car la semaine, le français de 50 ans est directeur financier d’une entreprise française.

50kg de livres commandés chaque mois

Aujourd’hui, la librairie est confrontée à un problème d’espace. Les livres prennent de la place, surtout lorsque tous les mois pour réduire les frais de port, ils arrivent par colis de 50kg. Les cartons remplis d’ouvrages s’empilent donc dans l’arrière-boutique, mais les nouveautés sont en rayon.

La clientèle est certes essentiellement française mais environ 10% d’entre elle est singapourienne prête à se lancer dans l’apprentissage ou l’approfondissement du français.