Mathématiques: la méthode de Singapour difficile à enseigner en France ?

Methode de Singapour

Jean-Michel Jamet est professeur des écoles au CP et CE1 en Bretagne. Depuis 5 ans, il enseigne les mathématiques en utilisant la méthode de Singapour. 

 

En quoi consiste la méthode de Singapour ?

La méthode de Singapour aborde chaque notion mathématique en suivant trois étapes. D’abord l’étape concrète grâce à laquelle l’élève va rapidement se faire une idée de la notion abordée à l’aide d’objets concrets, manipulés et de mises en situation. Vient ensuite l’étape de la représentation imagée qui est une étape intermédiaire propre à cette méthode et qui permet à l’élève de représenter visuellement la notion travaillée à l’écrit, au tableau par exemple. La dernière étape est dite abstraite et introduit enfin les chiffres et les symboles mathématiques. La grande force de cette méthode est sa progressivité. L’élève avance pas à pas et travaille longtemps la même notion, ce qui donne aux enfants en difficultés plus de chance d’assimiler la leçon.

La méthode de Singapour s’appelle aussi la méthode par modélisation car elle consiste à résoudre les problèmes à l’aide de barres dessinées pour symboliser les quantités connues et inconnues de l’énoncé. C’est une méthode efficace pour résoudre la quasi-totalité des problèmes du primaire et du collège. Elle permet à l’élève de prendre le temps de comprendre le problème avant de s’empresser à le calculer.

 

Pourquoi est-elle née à Singapour ?

Dans les années 1975, des évaluations internationales ont révélé que 25% des élèves singapouriens n’avaient pas acquis les compétences de base en mathématiques. A titre indicatif, 30% des élèves en France n’ont pas acquis ces mêmes compétences en 2013. Le gouvernement singapourien s’est donc fixé comme objectif de relever le niveau. Au sein du ministère de l’Education nationale, un groupe de didacticiens (pédagogues spécialisés dans une discipline, en l’occurrence les mathématiques, ndlr) en partenariat avec des établissements scolaires et des conseillers pédagogiques, a donc mis au point cette méthode dans les années 1990. L’idée était pour eux de créer des outils très performants capables d’améliorer rapidement le niveau des élèves en mathématiques. Entre 1990 et 2003, Singapour arrive en tête trois fois de suite des évaluations internationales dans des domaines aussi difficiles que les fractions, le calcul et la résolution de problèmes. On a donc pu vérifier l’efficacité de cette méthode. Dès 2003, un comité international s’est intéressé à cette démarche qui s’est ensuite exportée essentiellement en Asie, aujourd’hui en tête des classements, et aux Etats-Unis.

 

Au vu de ses bons résultats, pour quelles raisons la méthode de Singapour n’est-elle pas davantage enseignée en France ?

Environ 1000 classes en France utilisent la méthode de Singapour pour l’apprentissage des mathématiques. Nous sommes en France dans un système éducatif très francophone, qui se méfie de ce qui vient de l’étranger et surtout de ce qui vient des Anglo-saxons.

La méthode de Singapour, bien que traduite en français, n’est pas en adéquation avec nos programmes scolaires. Par exemple, les Singapouriens apprennent dans le même temps l’addition et la soustraction car ces opérations sont complémentaires. Mais pour les Français, celles-ci sont enseignées séparément. En Asie, les élèves ont aussi plus d’heures de mathématiques par semaine.

D’autre part, certains inspecteurs d’académie peuvent ne pas apprécier le fait que les enseignants, en choisissant d’appliquer la méthode de Singapour -comme ils sont libres de le faire depuis 2005- n’exécutent pas l’intégralité du programme de mathématiques prévu. Car, en effet, la méthode de Singapour est pauvre et basique en matière de géométrie et nécessite une remédiation pédagogique pour les professeurs en France. La France cultive l’excellence en matière de tracé. Dans la méthode de Singapour, il n’est pas exigé qu’un élève de 7 ans sache tracer un rectangle, un carré ou un triangle rectangle alors qu’au même âge, un élève français sait déjà se servir d’une règle et d’une équerre.

Adopter cet outil suppose enfin tout un travail d’équipe entre les enseignants de niveaux différents afin qu’il y ait un suivi dans la méthode. Il est donc préférable que ce soit toute l’école qui décide d’appliquer la méthode de Singapour et non un seul enseignant isolé.

 

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