Finis les emballages plastiques, Unpackt, le magasin zéro déchet, vend en vrac.

Le plastique est encore très ancré dans les habitudes de consommation. En 2017, ce sont plus de 800.000 tonnes de déchets en plastique qui ont été générés à Singapour, selon des chiffres de la National Environment Agency, et dont seulement 6% a été recyclés. 

Les consommateurs singapouriens prennent aussi en moyenne 820 millions de sacs plastiques dans les supermarchés chaque année, soit environ 146 par personne d’après une étude commissionnée par le Singapore Environment Council l’année dernière. 

Mais des initiatives locales apparaissent pour tendre à réduire cette consommation de plastique à usage unique. Comme l’ouverture il y a près d’un an d’Unpackt, un magasin qui vend sans emballage des produits alimentaires ou pour la maison. Les clients viennent se ravitailler avec leurs propres récipients, choisissant ainsi l’exacte quantité qu’ils souhaitent consommer.

C’est en regardant une vidéo sur un magasin zéro déchet en Europe que Florence Tay a eu l’idée de faire pareil à Singapour. « J’en ai parlé avec mon associé -Jeff Lam- et nous avons trouvé cette idée très pratique », explique la jeune femme de 36 ans. « L’emballage a un coût, et pour moi, payer pour quelque chose que je jette, n’a pas de sens, et pour mon associé qui vit seul, c’est difficile pour lui de finir la quantité qu’il y a dans les packaging », explique Florence Tay.

Alors les deux Singapouriens ont décidé avec leurs petites économies de monter un magasin de vrac zéro déchet pour ainsi réduire la consommation de plastique et limiter le gaspillage alimentaire. 

Sur les étagères, on trouve des bocaux de toutes tailles dans lesquels sont présentés des graines, des légumes secs, des épices mais aussi du thé, du café, de l’huile d’olive ou encore des produits ménagers bio pour la maison. Il y a aussi une sélection de nombreux accessoires écologiques et tendance comme des tissus enduits de cire d’abeille, des pailles en métal ou des brosses à dents en bambou.

Le chaland étourdi qui aurait oublié ses récipients, peut se servir de ceux déposés par d’autres comme une façon de recycler ceux que ces derniers ont en trop à la maison. Les clients commencent par peser leurs « tupperware » ou autres contenants puis les remplissent, pèsent à nouveau et notent sur un bout de papier le poids de chaque ingrédient acheté. C’est une relation de confiance mutuelle qui s’est établie entre les clients souvent du quartier et les vendeurs.

Mais cette petite épicerie écolo a un truc en plus… ou plutôt en moins : ses produits sont sans marque. L’œil tant habitué à un affichage omniprésent des marques, se rend pourtant bien compte que cet endroit est différent. « Nous ne payons pas pour l’image de marque, ni pour l’emballage mais la qualité des produits est toujours là », explique Florence Tay avant de préciser « sans l’emballage, la qualité est meilleure et les produits sont plus frais car nous raccourcissons la chaîne logistique qui n’est plus que des importateurs à notre magasin. »

Environ 6 mois après l’ouverture du 1er magasin situé vers Upper Thomson Road, Unpackt a ouvert un 2ème point de vente en plein CBD à Downton Gallery afin de toucher un plus grand nombre de personnes. Mais « Unpackt » c’est aussi un jeu de mots qui introduit l’idée d’un « pacte » ou d’« un voyage ensemble pour inciter tout le monde à réduire les déchets », explique la jeune Singapourienne qui organise auprès des écoles, des universités et de ses clients, des ateliers de sensibilisation à l’environnement et à la réduction des déchets plastiques. « Ce ne sera pas viable ni pour notre entreprise, ni pour l’environnement si nous n’allons pas à la rencontre de plus de gens, pour les encourager davantage à adopter progressivement un mode de vie plus durable en achetant chez Unpackt ou en réfléchissant à la réduction de l’utilisation de produits jetables à usage unique », précise la co-fondatrice d’Unpackt. L’enseigne très dynamique participe aussi à des festivals consacrés au développement durable et lance par-ci par-là des magasins éphémères à travers toute l’île.

A la tête de cette entreprise sociale qui a vocation à recruter des personnes âgées ou des femmes célibataires, Florence Tay a même imaginé installer un espace de jeux dans l’arrière-boutique le jour où l’une de ses salariés aurait besoin d’emmener son enfant au travail. Elle-même est mère célibataire d’une petite fille de 8 ans, « la meilleure ambassadrice d’Unpackt qui partage tous les produits avec ses amis et maîtresses », conclut sa maman amusée. 

Raffles, « un visionnaire et un colon aventurier »

Singapour Le Mag a interviewé l’historien Mark Ravinder Frost, auteur du livre « Singapore: a biography » (Ed. Didier Millet, 2009), à l’occasion de la commémoration du bicentenaire de l’arrivée de Sir Stamford Raffles à Singapour.

Il y a deux cents ans, Singapour était un simple port de pêche, comment l’arrivée des Anglais a-t-elle changé et transformé l’île ? 

Mark Ravinder Frost: « Je pense que l’expression « petit village de pêche», voire « petit village de pêche endormi» était particulièrement usitée après l’indépendance de Singapour en 1965. Je pense même que le nouveau gouvernement indépendant de Singapour a encouragé cette notion, pour plusieurs raisons– l’une d’entre elles étant que cela camouflait le fait que l’île aurait pu être décrite comme appartenant réellement aux sultans malais de Joho-Riau-Lingga en 1819. L’idée du « petit port de pêche» en rajoutait également au sentiment de réussite de la part du gouvernement post-indépendance singapourien en termes de logement, de santé et d’industrie. Les dirigeants politiques singapouriens pouvaient se permettre de proclamer « Regardez d’où nous sommes partis pour devenir un pays développé !»

A présent nous découvrons, en particulier grâce au travail d’archéologues qui tentent de dévoiler l’histoire de Singapour avant 1819, que cette idée de « petit village de pêche » cache énormément de choses et qu’elle est très trompeuse. La colonie de Singapour traversait certainement une période de déclin lorsque Raffles et Farquhar y arrivèrent en 1819, par rapport à ces années prospères en tant que lieu de commerce, siège royal des rois de la région, et base navale. Cependant Singapour n’avait jamais été un simple port de pêche. L’ironie aujourd’hui est que Stamford Raffles était aussi conscient de ce point que nous-mêmes sommes en train de le devenir. En tout état de cause, il n’a jamais considéré qu’il « découvrait » Singapour. Bien au contraire, il souhaitait faire revivre un ancien repère de la civilisation malaise qu’il avait longuement étudié. » 

Comment la population locale– composée de Malais, de Chinois et d’Orang Laut – a-t-elle réagi lorsqu’elle a vu l’île devenir une colonie britannique ? Comment a-t-elle accueilli Sir Raffles et les transformations qu’il a apportées par la suite ? 

« Les chiffres varient sur la population locale au moment de l’arrivée de Raffles, parce que, comme il faut le rappeler, les populations voyageaient énormément dans toute la région de l’Asie du Sud-Est. Les voies maritimes correspondaient aux autoroutes de nos jours. Certains peuples habitaient sur des bateaux (comme les Orang Laut, ndlr). Je dirais que la population aux environs de 1819 variait certainement entre plusieurs centaines et peut-être jusqu’à mille habitants, selon s’ils venaient travailler, commercer, ou s’installer ici, et pour combien de temps ils restaient. Il est certain qu’à l’arrivée de Raffles, les planteurs de poivre et de cachou chinois (ou gambier en anglais, ndlr) étaient déjà installés sur l’île. 

Nous avons un exemple de comment les Orang Laut ont réagi lorsqu’ils virent Raffles arriver dans le témoignage de Wa Hakim, un Orang Laut dont les impressions du débarquement, lorsqu’il avait 15 ans, ont été retranscrites à la fin du 19ème siècle. Il ne révèle pas grand chose, si ce n’est que Wa Hakim a remarqué l’arme à feu du soldat indien qui accompagnait Raffles. 

Il faut se rappeler que pour les dirigeants malais qui se rendirent sur l’île de Singapour pour accueillir Raffles, il s’agissait d’un accord politique et commercial. Raffles offrait un partenariat et la reconnaissance britannique d’un dirigeant, le Sultan Hussein, dont l’accession au trône du Sultanat de Riau-Johor-Lingga avait été bloqué par un adversaire. Raffles ne présentait pas au Sultan Hussein et ses chefs, la promesse d’une ébauche du « progrès » occidental et de la civilisation par la colonisation. Il promettait de leur garantir des revenus ainsi que leurs statuts en faisant de Singapour un lieu de commerce pour la Compagnie des Indes Orientales (CIO). Il s’agissait au départ uniquement d’argent. » 

A l’époque, Sir Raffles a-t-il reçu le soutien du gouvernement britannique ou a-t-il agi seul ?

« Non. Sa décision d’ouvrir et de baser une antenne de la CIO à Singapour n’a jamais été clairement approuvée par ses supérieurs. (Il semblerait qu’on lui ait demandé simplement de se rendre sur place pour prospecter les possibilités d’une telle installation). Lorsqu’il arriva à Singapour, et qu’il hissa le drapeau britannique, il y eut de véritables craintes que les Hollandais, qui auraient pu déclarer que l’île faisait partie de leur sphère d’influence (par leur accord avec le Sultan en place de Riau- Johor-Lingga), envoient leurs troupes. Les supérieurs de Raffles étaient également perturbés par le coût de telles annexions, en particulier lorsque le bénéfice commercial pour la Compagnie n’était pas immédiatement évident. Raffles fut en réalité critiqué et ridiculisé au Parlement britannique pour ses actions, qui causèrent de l’embarras au gouvernement britannique de l’époque. » 

200 plus tard, quel héritage Raffles a-t-il laissé à Singapour ? 

« C’est une question très complexe, surtout parce qu’il y a beaucoup plus de Singapouriens qui s’interrogent justement aujourd’hui sur le sujet. Je pense qu’il faut réfléchir en termes de points de référence. Pour plusieurs raisons, Raffles n’a pas été une figure renversée par les dirigeants post-coloniaux de Singapour après son indépendance : sa statue n’a pas été démontée et démolie. La raison en est qu’il représentait quelque chose à laquelle ces dirigeants aspiraient et qu’ils admiraient, quelque chose qui semblait lancer Singapour sur sa voie. On pourrait dire que pour la Singapour indépendante, Raffles est devenu le premier héros néo-libéral, une icône historique du capitalisme d’un supposé Eveil rationnel. Et pour des raisons pratiques, les dirigeants des premières heures post-coloniales de Singapour décidèrent donc qu’il y avait un sens à le maintenir là, sous forme de statue, dominant la ville, pour assurer aux investisseurs occidentaux qu’il ne s’agissait pas d’un gouvernement anti-occidental radical gauchiste, qui menaçait de nationaliser ses industries. 

Mais à présent que les gens en apprennent plus sur l’homme qu’était véritablement Raffles plutôt que le symbole historique, ils découvrent les faces cachées de son personnage et ils se rendent compte que, comme beaucoup de “héros” de l’Histoire, il était bien plus complexe que l’on a pu le présenter, tout comme ils découvrent que la notion de « petit village de pêche endormi» de Singapour avant 1819 cache beaucoup de choses. » 

A quel point Raffles était-il un visionnaire ? 

« Il avait certainement une vision très engagée de Singapour, dans le sens où il continuait de s’y rendre, d’essayer, de passer du temps dans la région, même lorsque la mort de ses enfants sous les tropiques lui coûta tant d’un point de vue personnel. Mais les courants de l’éducation ont changé à présent pour mettre en évidence le rang et les obscures réalités qui étayaient les idéaux de Raffles et ceux des colons européens de sa génération. Oui, ils prônaient et avaient une vision de libre commerce plutôt que de monopoles. Oui, ils disaient être là pour apporter civilisation, prospérité et progrès. Mais en réalité, ils travaillaient pour une entreprise globale, la Compagnie des Indes Orientales, qui était dirigée par le profit et qui était à l’époque le plus important syndicat de la drogue, vendant l’opium indien à la Chine en échange de son thé. 

La réalité je crois, est que Raffles était à la fois un visionnaire ET un colon aventurier suffisant (et parfois brutal). Il était tout à fait capable d’imaginer la « Singapore Institution » (créée en 1823 et devenue aujourd’hui « Raffles Institution », ndlr) en tant qu’école pour éduquer les fils de l’élite malaise dans leur propre langues et cultures. Il est certain qu’il aimait la littérature malaise, et voulait sans doute sincèrement voir la civilisation reconnue mondialement en envoyant ses richesses culturelles à Londres pour les exposer devant un public occidental au British Museum. 

Mais dans ce dernier exemple, on voit comment les deux côtés de sa personnalité se mélangeaient. Cela n’a sans doute jamais traversé son esprit – ni celui de ses compères- qu’en voulant récolter et présenter ces richesses à l’étranger, dans le but de faire connaître mondialement la civilisation et la culture malaises, il était en réalité en train de les voler à ceux à qui elles appartenaient. Et en réalité, ces vols ont en même temps fait connaître Raffles à Londres comme un « Orientaliste » de grande renommée. » 

Pourquoi l’Histoire se souvient-elle de Raffles uniquement comme le fondateur de la Singapour moderne ? 

« Ce point de vue est en train de changer à présent, grâce au travail effectué par un grand nombre d’historiens sur William Farquhar, le cofondateur de Singapour. Le fait que le rôle de cofondateur de Farquhar n’ait pas été connu pendant des années revenait au talent artistique de la veuve de Raffles, Sophia, dans son récit sur la vie de son mari, et l’histoire de la fondation de la Singapour coloniale, à travers ses Mémoires de Sir Stamford Raffles (« Memoir of the Life and Public Services of Sir Thomas Stamford Raffles », ndlr)– une œuvre qui a été décrite comme « un des plus beaux travaux de Relations Publiques de notre ère ». »

Texte traduit de l’anglais par Alessandra de Longvilliers.

La petite histoire du Lo Hei, cette salade singapourienne servie pour le Nouvel An chinois

Appelé Lo Hei, Yusheng ou encore Lucky raw fish salad, ce plat est devenu une spécialité typiquement singapourienne servie lors des festivités du Nouvel An chinois.

Cette salade colorée à base de poisson cru et de crudités symbolise l’abondance et la prospérité. Et plus les convives – amis ou collègues – lèvent haut les baguettes pour mélanger les multiples ingrédients, plus la chance sera avec eux.

A l’origine, il ne s’agissait que d’un simple plat de poisson cru venu de Chine. Ce sont les communautés Cantonaise et Teochew – chacune ayant d’ailleurs sa propre façon de le cuisiner – qui ont importé à la fin du 19èmesiècle, ce met à Singapour.

Mais ce n’est qu’en 1964 que le Lo Hei tel qu’on le connait aujourd’hui est apparu. Ce plat très contemporain donc, est l’œuvre de quatre chefs singapouriens surnommés les « Quatre rois célestes » de la cuisine cantonaise: Sin Leong, Hooi Kok Wai, Lao Yuke Pui (décédé en 2006) et Than Mui Kai Yu (décédé en 1996). C’est dans les années 1950 qu’ils se sont rencontrés et liés d’amitié dans les cuisines du Cathay Restaurant où ils sont apprentis. 

Sur le mur du restaurant Red Star, figure la photo des chefs surnommés les « Quatre rois célestes » de la cuisine cantonaise: Sin Leong, Hooi Kok Wai, Lao Yuke Pui et Than Mui Kai Yu ©Colombe Prins

Quelques années plus tard, alors qu’ils ont chacun leur restaurant, ils réfléchissent au lancement d’un nouveau plat qui pourrait améliorer leurs affaires au moment du Nouvel An chinois. C’est ainsi qu’en 1964, le Lo Hei fait son apparition sur les tables des restaurants des quatre complices pour célébrer l’année du Dragon. 

« Les ingrédients du Yusheng traditionnel étaient très simples, nous voulions améliorer sa couleur, son arôme et sa saveur », explique Sin Leong – dans une interview filmée et réalisée il y a plus d’une dizaine d’années – avant d’ajouter « le nouveau Yusheng a sept couleurs et comprend un assaisonnement acide, sucré, amer et relevé ».

Le Lo Hei compte en tout 12 ingrédients disposés en rond les uns à côté des autres, et sa sauce, en comporte au moins cinq, tous ayant une signification particulière. Le citron, par exemple, est synonyme de chance et de profit tandis que les crackers et le sésame doivent apporter l’or et la prospérité. 

Agé de 80 ans, Hooi Kok Wai exerce toujours son métier de chef du restaurant Red Star.
©Colombe Prins

Le succès de ce plat n’est pas venu tout de suite. « La première année, lorsque nous avons lancé le nouveau Yusheng, les gens plus âgés de la générations des années 1940-1950 n’étaient pas réceptifs à cette idée, explique Sin Leong dans un autre extrait de cette interview. « Ils étaient habitués à préparer l’assaisonnement eux-mêmes. Quand on s’est mis à préparer tout pour eux, certains se sont même demandés si nous allions aussi mélanger pour eux », ajoute-t-il en rigolant. « On leur a dit d’essayer. Finalement, non seulement les adultes ont aimé le nouveau plat, mais les enfants, aussi l’ont apprécié », conclut-il.

Si ces « Quatre rois célestes » sont bien à l’origine de la transformation du Yusheng en véritable tradition culinaire singapourienne, c’est en revanche le public qui a spontanément créé le célèbre rituel du lancer de crudités qui accompagne désormais ce met de bon augure. 

Fondé en 1974 par les quatre chefs singapouriens, le restaurant Red Star est situé rue Chin Swee. ©Colombe Prins

En 1974, les quatre complices fondent ensemble un nouveau restaurant, le Red Star qui existe encore aujourd’hui. Installé au 7èmeétage d’un parking, non loin du People’s Park Complex, le restaurant n’a pas changé en 45 ans. Le cadre est authentique et la pièce aux allures de salle de bal est immense. Au plafond, les chauves-souris incrustées dans les décorations rappellent le symbole du bonheur, tandis qu’aux murs, figurent de nombreuses photos des chefs devenus légendaires. Les serveurs circulent avec leur chariot pour présenter les paniers de Dim Sum, une autre des nombreuses spécialités du restaurant aujourd’hui. Les chefs Sin Leong, 91 ans, et Hooi Kok Wai, 80 ans, sont encore en cuisine. Ouvert dès 8h du matin, le Red Star compte plusieurs centaines de couverts. Et en cette période de l’année, l’affluence est à son comble. On entend par-ci par-là crier « Lo Hei ». Ce sont les clients qui viennent célébrer la nouvelle année lunaire, leurs baguettes en main pour mélanger la salade qui leur apportera chance et prospérité tout au long de l’année 2019.

Le Nouvel An Chinois expliqué aux enfants

Pour l’année du cochon, Chinatown a vu les choses en grand. Le dispositif lumineux installé depuis le début de la semaine est le plus important jamais disposé dans l’histoire du quartier chinois pour les festivités du Nouvel An.

Jusqu’au 6 mars, plus de 2.600 lanternes éclairent les rues de New bridge Road, Eu Tong Sen Street et South Bridge Road. Avec en pièces maîtresses, des lanternes représentant une famille de huit cochons dont le plus grand mesure 12 mètres de haut. 

Pourquoi est-ce l’année du cochon ? Que représente cet animal dans le zodiaque chinois ? Que célèbre-t-on lors du Nouvel An chinois ? Quelles sont les traditions qui entourent cette fête colorée ? 

Pour vous aider à répondre à toutes ces questions que vous posent sans doute vos enfants, SINGAPOUR LE MAG a sélectionné pour vous quelques livres pour expliquer aux plus petits les célébrations du Nouvel An chinois.

« The Great Race » de Christopher Corr. Ed. Frances Lincoln Children’s Books (2018). 32 pages

« The Great Race » de Christopher Corr. Ed.Frances Lincolm Children’s Books (2018). 32 pages. 

« The Great Race » raconte l’une des légendes chinoises les plus populaires, celle de l’Empereur de Jade qui organise une grande course entre tous les animaux à l’issue de laquelle les douze premiers se verront attribuer une année. Cette histoire permettra ainsi d’expliquer aux petits de 3 à 6 ans les raisons pour lesquelles douze animaux ont été choisis pour représenter le zodiaque chinois. Les enfants apprécieront les illustrations et se souviendront de la petite anecdote au sujet des relations entre le chat et la souris.

« Chinese Zodiac Animals » de Sanmu Tang. Ed. Shanghai Press (2011). 56 pages

« Chinese Zodiac Animals » de Sanmu Tang. Ed. Shanghai Press (2011). 56 pages

Le livre du studio Sanmu Tang « Chinese Zodiac Animals » explique avec des mots d’enfants l’essentiel sur chacun des douze signes animaliers du zodiaque chinois. Cet ouvrage réservé aux plus de 6 ans détaille ainsi les traits de caractère de chaque animal correspondant à l’année de naissance. C’est une sorte d’horoscope à lire pour s’amuser !

« Celebrating The Chinese New Year » de SanMu Tang. Ed. Shanghai Press (2010). 32 pages

« Celebrating The Chinese New Year » de SanMu Tang. Ed. Shanghai Press (2010). 32 pages

« Celebrating the Chinese New Year » est un autre écrit réalisé par le studio Sanmu Tang qui livre les interrogations de Little Mei, une petite fille qui se demande pourquoi sa famille célèbre le Nouvel An chinois. Alors que chaque membre de sa famille a sa propre explication, son grand-père, lui, finit par lui raconter l’histoire de Nian et du monstre Xi. Un petit livre qui saura intéresser les 4 à 8 ans.

« Mei Lin and the Reunion Dinner » de Debra Ann Francisco. Ed. Straits Times Press (2018). 36 pages.

« Mei Lin and the reunion dinner » de Debra Ann Francisco. Ed.Straits Times Press (2018). 36 pages.

Écrit par Debra Ann Francisco, « Mei Lin and the reunion dinner » raconte l’histoire d’une petite fille qui aide sa grand-mère à préparer quelques recettes traditionnelles servies lors des festivités du Nouvel An chinois. Mei Lin assiste donc en cuisine à la préparation des « love letters » -qui pourraient ressembler aux biscuits aussi appelés cigarettes russes-, du « steamboat » -qui est une fondue chinoise- ainsi quà l’élaboration de la fameuse salade de poisson cru, le Yu Sheng. Ce livre joliment illustré par une dessinatrice singapourienne, Madeleine Wee, et destiné aux enfants âgés de 4 à 8 ans, appartient à une série de 5 livres pour enfants consacrés aux recettes traditionnelles du patrimoine culinaire singapourien.

La longue procession de Shanmugam, un fidèle hindou qui célèbre Thaipusam

Thaipusam est une fête hindoue célébrée aujourd’hui à Singapour et en Malaisie, au cours de laquelle les fidèles rendent grâce au Dieu Murugan. Depuis 20 ans, Shanmugam, un Singapourien de 37 ans participe à ce pèlerinage. REPORTAGE

Du temple Sri Srinivasa Perumal, situé sur Serangoon Road, en plein cœur de Little India, s’échappe dans la nuit claire, une musique envoûtante et rythmée qui annonce les célébrations de Thaipusam. 

Célébré le jour de la pleine lune du mois « Thai » dans la calendrier tamoul (entre janvier et février en fonction des années), Thaipusam est une fête hindoue au cours de laquelle les fidèles rendent grâce au Dieu Murugan, fils de Shiva et de Parvati. Pour l’occasion, les croyants remercient ce Dieu de la Guerre, de toutes les bénédictions qu’ils ont reçues pendant l’année, en prenant part à une procession de 4km en direction du temple de Tank Road, Sri Thendayuthapani. 

Ce rituel religieux qui devrait attirer près de 20.000 personnes aujourd’hui à Singapour, est impressionnant par les souffrances que s’infligent certains pèlerins. 

Il est 3 heures du matin, cette nuit, quand Shanmugam, vêtu d’un linge orange, commence à prier devant son petit autel improvisé et dressé pour l’occasion dans un coin du temple. A ses côtés, d’autres fidèles observent le même rituel.

Ce Singapourien de 37 ans se prépare à s’accrocher à même la peau, le kavadi, une structure en métal d’une trentaine de kilos ornée de décorations en l’honneur du Dieu Murugan qui représente la vertue, le pouvoir et la jeunesse. C’est Shanmugam lui-même qui a acheté il y a quelques années ce kavadi considéré comme un petit sanctuaire divin, pour un montant de 11.000 SGD environ. 

Ce kavadi décoré en l’honneur du Dieu Murugan est en métal et pèse une trentaine de kilos. ©Colombe Prins

Il est entouré de sa famille et d’une quinzaine d’amis venus l’encourager et le supporter durant cette épreuve. A sa demande, sa garde rapprochée porte les mêmes couleurs de vêtements : les femmes ont de jolies robes rose fushia tandis que les hommes sont vêtus d’une chemise rose et d’un dhoti gris, le pantalon traditionnel indien. Un percussionniste et un flutiste s’installent à ses côtés. La musique commence. Le rituel continue. Un homme -un spécialiste- s’approche de Shanmugam et lui transperce la peau pour fixer avec des broches et des piques la structure du kavadi. Au total, 108 trous sur le torse, le dos, les hanches, le bas-ventre, la bouche, le front, les bras et les cuisses. Ces blessures cicatriseront d’ici 2 jours pour les plus petites et 15 jours pour les plus grosses. 

Depuis une semaine, Shanmugam se prépare physiquement et mentalement à cette épreuve religieuse. Il suit un régime végétarien, fortement conseillé afin d’éviter tout saignement. Il se rend au temple deux fois par jour, tous les jours pour prier et dort par terre, sur un drap pour renoncer le temps de cette préparation à tout luxe et confort moderne.

Au total, 108 trous sont nécessaires pour fixer la structure du kavadi à même la peau de Shanmugam. ©Colombe Prins

C’est à 16 ans, l’âge minimum autorisé pour être percé, que Shanmugam a commencé à célébrer Thaipusam. Mais « chaque année est une nouvelle expérience », confie-t-il. « La douleur est supportable mais j’essaie de ne pas y penser, je la prends comme elle vient, je prie Dieu et me concentre sur la procession, en ayant hâte de retrouver ma famille et mes amis », explique-t-il.

Il est 4 heures 30, lorsque Shanmugam quitte le temple de Serangoon Road, suivi de ses proches qui sont très attentionnés à son égard. Dans la rue, la musique s’arrête car il est encore trop tôt. Cette année, pour la première fois depuis 1973, les instruments à percussion sont autorisés, mais seulement entre 7 heures et 22 heures 30.

Shanmugam marche relativement vite malgré la lourde charge qu’il porte, et danse parfois sur lui-même. Il suit un cortège de fidèles. Certains ont des jarres remplies de lait -en offrande au Dieu Murugan-, d’autres s’accrochent avec des hameçons des citrons sur le dos en signe de purification ou d’autres encore traînent des chars attachés à leur dos avec des crochets en métal. Jusqu’à ce soir, les croyants défileront le long du parcours.

Dans la dernière ligne droite, la procession ralentit. Des chanteurs rejoignent le groupe et entonnent des chansons. Shanmugam danse et tournoie alors jusqu’à son arrivée – à 6 heures du matin- au temple Sri Thendayuthapani. Il chausse pour pénétrer à l’intérieur du temple de Tank Road des semelles à clous qu’il retire aussitôt.

Après une dernière danse devant l’autel, il se dirige à l’extérieur pour se défaire, avec l’aide de ses amis, de son lourd fardeau de métal. C’est la dernière épreuve physique pour Shanmugam. Sa fille de 9 ans, est à ses côtés et lui caresse la main. Shanmugam lui sourit avec les yeux car sa bouche est encore fermée avec des piques placées en forme de croix.

Une fois libéré de son kavadi, il s’assoie quelques instants pour retrouver ses esprits. Il est fatigué. Shanmugam enfile sa chemise rose et son dhoti gris. Avec tous ses proches, ils apportent à l’intérieur du temple, le plateau d’offrandes ainsi que les jarres remplies de lait et d’eau de rose. Tous ensemble, ils prient et attendent de recevoir des cendres grises dans un pot en métal.

Après la longue procession de 4km, Shanmugam est libéré de son kavadi et prie devant l’autel de Murugan. ©Colombe Prins

Puis, tandis que certains démontent soigneusement le kavadi, d’autres préparent des sacs avec des repas déjà cuisinés qu’ils vont distribuer en cadeau aux autres fidèles. Quant à Shanmugam, il pense déjà à retourner au temple Sri Srinivasa Perumal pour soutenir ses autres amis qui commenceront leur procession un peu plus tard dans la journée. Et peut-être ira-t-il aussi travailler comme si de rien n’était, dans sa propre entreprise de logistique, comme il avait l’intention de le faire avant le pèlerinage ?

Trash Hero, ces super-héros qui nettoient le littoral singapourien

Enfants et adultes apportent leur soutien au mouvement Trash Hero Singapore en collectant les déchets sur les plages du littoral singapourien. Ce jour-là, 60 kg d’ordures ont été récoltées en seulement une heure à East Coast. ©Colombe Prins

 

« Arrêtons d’utiliser du plastique ! », crie Maya, après avoir participé avec sa maman au nettoyage d’une partie de la plage d’East Coast, organisé par le mouvement « Trash Hero Singapore ».

Du haut de ses 6 ans, cette petite héroïne qui est « contente d’avoir fait un geste pour la planète en ramassant les déchets », lance un cri du cœur, un cri d’alerte. Comme elle, l’organisation Trash Hero Singapore veut « sensibiliser au gaspillage et inciter les gens à changer leur comportement de consommation au quotidien », explique Yanmei Yang, une bénévole, responsable de la stratégie de l’organisation.

Et c’est en nettoyant le littoral de ses déchets -en plastique- que la prise de conscience est la plus forte. « Comme tout le monde, je n’avais pas vraiment réalisé tout cela jusqu’à ce que je participe à mon premier ramassage de déchets l’année dernière, j’étais sous le choc en voyant toutes ces ordures sur la plage», raconte la jeune femme.

Depuis, Yanmei Yang participe dès qu’elle le peut aux nettoyages initiés à Singapour par Trash Hero en juin 2017. Aujourd’hui, c’est une communauté Facebook de plus de 1.200 personnes qui soutient ce mouvement localement. Mais Trash Hero est une organisation mondiale, lancée en Thaïlande en 2013 par un Suisse, Roman Peter. Depuis, c’est tout un réseau international de plus de 60 antennes réparties dans le monde, notamment en Indonésie, Malaisie, Birmanie, Chine ou Zimbabwe, qui portent les couleurs de Trash Hero.

Rien qu’à Singapour, près de 3.000kg de déchets ont été ramassés en 18 mois avec l’aide de 900 bénévoles. Deux à trois fois par mois, des évènements sont organisés pour passer au peigne fin des portions du littoral : à Sembawang ou à Pasir Ris, à East Coast ou à Coney island,…

La mer vide sur le sable sa poubelle et les bénévoles ramassent des pailles évidement mais aussi de minuscules boules de polystyrène, des boîtes et bouteilles en plastique, des fils de pêche en nylon et des mégots de cigarette, ou plus étonnamment des chaussures, des jouets d’enfants, des briquets, une tétine de bébé, des cordes d’amarrage ou un vélo…

Mais chaque vague ramène de nouveaux détritus, comme un cycle sans fin.« Nettoyer n’est pas la solution, car après notre départ, la plage redevient comme avant, explique Yanmei Yang, mais il faut que les gens changent leur façon de consommer ».

La principale mission de Trash Héro Singapore est donc d’éduquer les plus petits comme les plus grands sur la nécessité de réduire leur consommation de plastique.

 

 

Pour plus d’information :

Trash Hero Singapore

Le prochain nettoyage a lieu ce samedi 15 décembre à 16h à Marina Promenade.

 

Le Conscious Festival revient à Singapour ce week-end: un espace tendance pour l’environnement

Le Conscious festival a lieu du 3 au 4 novembre à l'hôtel ParkRoyal on Pickering. ©Green is the New Black

Le Conscious festival a lieu du 3 au 4 novembre à l’hôtel ParkRoyal on Pickering. ©Green is the New Black

Ce week-end, l’hôtel ParkRoyal on Pickering accueille cette année encore le Conscious Festival qui propose à la fois un salon -gratuit et accessible à tous- mettant en avant près de 70 marques asiatiques éco-responsables, et des conférences –payantes- réunissant plus de 45 experts singapouriens et étrangers sur le développement durable.

Organisé par la plateforme en ligne Green is the New Black, cet événement devrait accueillir pour sa 4ème année édition à Singapour, près de 5.000 personnes. « En 2015, le Conscious Festival avait rassemblé 600 personnes, nous doublons chaque année le nombre de participants », explique Paula Miquelis, co-fondatrice de cette entreprise sociale.

Green is the New Black, dont le nom signifie que l’écologie est la nouvelle norme et tendance, est une plateforme médias qui promeut un mode de vie en conscience et éco-responsable, en mettant en avant des marques asiatiques qui tentent au mieux de réduire leur empreinte carbone, dans les secteurs de la mode, de l’alimentaire, de la cosmétique, du lifestyle et des enfants. « Nous voulons être une plateforme médias où l’on trouve les informations et les ressources nécessaires comme savoir quelles marques consommer ou quelles actions concrètes mettre en place afin de continuer au mieux notre vie moderne et lutter collectivement à la baisse de notre empreinte carbone », précise Paula Miquelis.

Pour la Française, l’idée du Conscious Festival est d’« être présent physiquement pour aller à la rencontre des consommateurs pour qu’ils continuent ensuite l’expérience en ligne sur le site Green is the New Black ». Green is the New Black tente ainsi de créer autour de lui une communauté d’acteurs du changement en Asie, afin d’avoir collectivement un impact sur l’environnement.

Stephanie Dickson et Paula Miquelis sont les fondatrices de la plateforme médias Green is the New Black. ©Green is the New Black

Stephanie Dickson et Paula Miquelis sont les fondatrices de la plateforme médias Green is the New Black. ©Green is the New Black

Le Conscious Festival qui vient d’être lancé avec grand succès à Hong-Kong, en attirant plus de 4.500 visiteurs, « se veut être un espace accueillant, chaleureux, ouvert à tous et qui encourage les petites avancées étape par étape. Nous voulons que nos idées deviennent cool et à la mode, et nous essayons de faire déculpabiliser le public », ajoute Paula Miquelis.

Déculpabiliser les consommateurs, c’est aussi l’idée de Violaine Grimprel, fondatrice de Conscious Delights, qui exposera ce week-end lors du festival, ses confitures artisanales et locales.

« En créant ma marque de confitures, je voulais sublimer l’abondance que l’on a dans la région de fruits et de fleurs méconnus ou inexplorés mais aussi rendre désirables ces fruits qui sont en surplus sur les marchés car perçus comme trop mûrs ou pas assez jolis, et prolonger leur durée de vie », explique la Française qui se rend deux à trois fois par semaine au marché pour récupérer auprès des maraîchers « ces belles ressources à maturité qu’(elle) ne veut pas perdre. » Pour cette jeune entrepreneuse, « nous n’avons pas besoin d’acheter une confiture qui a fait plus de 10.000km, avec des ingrédients locaux, nous avons ici aussi des produits délicieux.»

Violaine Grimprel vient de  lancer Conscious Delights, sa marque de confitures locales et artisanales. ©Conscious Delights

Violaine Grimprel vient de lancer Conscious Delights, sa marque de confitures locales et artisanales. ©Conscious Delights

Violaine Grimprel qui participe pour la première fois à un salon, se dit aussi « curieuse d’échanger sur des sujets environnementaux avec d’autres entrepreneurs qui ont envie de faire bouger les lignes. » Faire avancer les choses grâce à des actions concrètes –mêmes petites- afin de réduire collectivement notre empreinte carbone, c’est l’esprit du Conscious Festival : optimiste et idéaliste.

 

Swapaholic, lorsque le troc de vêtements devient high-tech et à grande échelle.

Un vide-grenier dédié aux accessoires de mode était organisé par Swapaholic, dans la rue d'Amoy Street, samedi dernier. ©Swapaholic

Un vide-dressing dédié aux accessoires de mode était organisé par Swapaholic, dans la rue d’Amoy Street, samedi dernier. ©Swapaholic

Dans la rue d’Amoy Street fermée aux voitures le temps d’un week-end, une cinquantaine de personnes participait samedi dernier à un grand vide-dressing consacré aux accessoires de mode et organisé par la jeune entreprise Swapaholic qui en un an et demi, a réussi à s’imposer dans le secteur du troc vestimentaire grâce à son concept un peu particulier.

« L’échange de vêtements n’est pas un nouveau concept, il existe dans le monde entier, mais la façon dont nous le faisons, en tant que modèle d’entreprise à grande échelle, est nouvelle », explique Priyanka Shahra, directrice de Swapaholic.

Lorsque cette passionnée de mode s’est rendue compte que « la fast-fashion (la mode rapide, ndlr) était la seconde industrie la plus polluante au monde », la jeune femme était sous le choc, et a voulu comprendre pour agir.

« La fast-fashion introduit en magasins 52 micro collections par an, ce qui veut dire que toutes les semaines, de nouveaux articles sont produits », détaille Priyanka Shahra avant d’ajouter que « les statistiques montrent que les femmes ne portent seulement que 20 à 30% de leur garde-robe, les 70-80 % restant sont en très bon état ».

Alors que faire de cet excès de vêtements ? Comment optimiser ce que l’on a déjà acheté ? Comment réutiliser ces ressources déjà produites ?

Pour décourager l’achat de vêtements neufs, Swapaholic propose d’échanger les pièces de son placard que l’on ne veut plus mettre contre d’autres d’occasion. La start-up vient récupérer à domicile ces articles prêts pour le troc et vérifie la qualité de chaque pièce. Les vêtements tâchés ou abîmés sont refoulés et renvoyés à leur propriétaires, ou donnés à des associations.

« La genèse de Swapaholic est intéressante car l’idée était au départ de troquer une pièce contre une autre, mais petit à petit, nous nous sommes rendus compte que ce n’était pas juste. Que se passerait-il si vous apportiez une jolie robe en soie et qu’il ne vous restait pas d’autres choix que de repartir avec un tee-shirt, le système ne serait pas viable pour vous ? » explique Priyanka Shahra.

C’est alors que cette férue de technologies, décide de créer un algorithme qui définit un système de points attribués à chaque article, fondé sur plusieurs paramètres tels que la marque, la matière… Ces points sont ensuite crédités sur le compte de l’utilisateur et constituent son budget à dépenser lors du prochain vide-dressing Swapaholic.

En triant sa garde-robe, Hui Xin, une singapourienne de 34 ans a ainsi récolté 70 points sur son compte. Samedi dernier, elle a trouvé son bonheur en choisissant deux foulards, une paire de chaussures, des boucles d’oreilles et un bracelet, le tout pour 20 points. Il lui en reste encore 50 à utiliser dans les 6 prochains mois. « J’aime beaucoup l’idée car nous avons beaucoup de vêtements que nous ne portons pas et c’est un gâchis de les jeter alors qu’ils sont encore presque neufs », explique Hui Xin.

D’autres sont aussi séduites par le concept. Comme Virginie qui le faisait déjà avec ses amies mais « là c’est à une échelle plus industrielle », confie-t-elle. Pour Marine, « l’idée c’est d’avoir une empreinte carbone zéro d’un point de vue écologique et de découvrir de nouvelles choses qu'(elle) ne trouverait pas ailleurs », raconte la jeune femme qui est venue avec son fils car c’est aussi une façon d’« éduquer les enfants à acheter plus responsable », dit-elle.

Accro au shopping, Priyanka Shahra, directrice de Swapaholic, est devenue accro au  troc. ©Swapaholic

Accro au shopping, Priyanka Shahra, directrice de Swapaholic, est devenue accro au troc. ©Swapaholic

La start-up quant à elle se rémunère grâce aux frais d’enregistrement que paie chaque client pour avoir le droit d’échanger et de participer aux vide-dressing.

Aujourd’hui, Swapaholic compte près de 4.000 client(e)s ayant déjà participé à au moins l’un des quinze évènements organisés depuis janvier 2017. Le prochain aura d’ailleurs lieu le 23 Novembre à la Mandarin Gallery.

Mais Priyanka Shahra « veut créer un impact et un impact à grande échelle », explique-t-elle. Pour cela, la jeune indienne de 33 ans installée à Singapour depuis 5 ans, envisage de lancer le concept en ligne dés 2019. Le principe reste le même mais il sera désormais possible de choisir en ligne parmi les 5.000 à 6.000 articles de seconde main, celui ou ceux que l’on souhaite acheter avec ses points. « Nous devons continuer à évoluer », précise Priyanka Shahra qui voit les choses en grand. Swapaholic « ne doit pas être en concurrence avec d’autres acteurs du marché de la seconde main mais avec ceux du secteur de la mode », conclut-elle.

 

La rencontre Trump-Kim: un sommet pour la paix Made in Singapore

"Peace starts here", adhésif lancé par l'agence publicitaire Tribal Worldwide Singapore. ©Tribal Worldwide Singapore

« Peace starts here », adhésif lancé par l’agence publicitaire Tribal Worldwide Singapore. ©Tribal Worldwide Singapore

 

Les dirigeants américain et nord-coréen, Donald Trump et Kim Jong-un se sont rencontrés ce matin à l’hôtel Capella sur l’île de Sentosa, pour un sommet historique après des décennies de tensions entre les deux pays. Mais pendant ce temps, dans les rues de Singapour, les habitants oeuvrent aussi pour la paix à leurs façons.

Il y a d’abord ceux qui depuis dimanche se postent le long des routes que doivent emprunter les cortèges officiels des dirigeants lors de leurs déplacements, pour apporter leur soutien à cet événement tant attendu, tout en espérant apercevoir l’une des deux personnalités politiques.

Et puis, il y en a d’autres qui, comme ce matin, distribuent gratuitement à Kallang des milliers d’autocollants pour voiture floqués du slogan « Peace starts here ». C’est l’agence de publicité Tribal Worldwide Singapore qui a eu l’idée de fabriquer cet adhésif rouge et blanc en forme du V de la Victoire. « Nous croyons que pour beaucoup de Singapouriens c’est un évènement important qui devait être commémoré », explique Benjamin Lee, directeur artistique en charge des réseaux sociaux à Tribal Worldwide Singapour. « C’est une façon pour nous de montrer notre soutien au processus de paix », poursuit-il.

Un peu plus tard dans la matinée, vers Orchard, c’est l’hôtel Royal Plaza on Scotts qui offre des mini Trump-Kim burgers devant son hall d’entrée. La nouvelle création culinaire de l’hôtel combine des influences américaines et coréennes et mêle poulet émincé et kimchi, le tout accompagné de rouleaux de riz et de frites. Environ 250 mini Trump-Kim burgers se sont écoulés en à peine 20 minutes. Une deuxième tournée était d’ailleurs prévue ce soir à 18h.

Les mini Trump-Kim burger du Royal Plaza on Scotts.©Royal Plaza on Scotts

Les mini Trump-Kim burgers du Royal Plaza on Scotts.©Royal Plaza on Scotts

« Le sommet est un événement historique et une étape importante dans le rapprochement des relations entre les deux pays. La cuisine rassemble les gens et les amitiés se construisent souvent autour d’une table, d’où la création (de ce hamburger, ndlr) », précise Ningxi Tan, directeur marketing et communications du Royal Plaza on Scotts. Déjà populaire, le mini Trump-Kim burger restera à la carte jusqu’au 30 juin.

Une longue file d'attente se forme devant le Royal Plaza on Scotts pour goûter le mini Trump-Kim burger. ©Royal Plaza on Scotts

Une longue file d’attente se forme devant le Royal Plaza on Scotts pour goûter le mini Trump-Kim burger. ©Royal Plaza on Scotts

Singapour n’est pas juste le lieu de rencontre entre les deux dirigeants, la Cité-Etat tient aussi un rôle important dans le rapprochement diplomatique opéré entre les deux pays. Et cela, Yun Qing Chew et ses deux amis en sont fiers. Depuis samedi dernier, ils vendent en ligne un tee-shirt rouge avec le slogan « Make Korea Korea Again ». Un clin d’œil à la désormais célèbre phrase popularisée par Donald Trump lors de sa campagne présidentielle.

Tee-shirt "Make Korea Korea Again" conçu par trois étudiants singapouriens. ©Yun Qing Chew

Tee-shirt « Make Korea Korea Again » conçu par trois étudiants singapouriens. ©Yun Qing Chew

« Nous pensons que nous facilitons la commémoration de ce moment historique en permettant à d’autres Singapouriens de partager leur enthousiasme par le biais d’un tee-shirt. C’est également dans cet esprit que nous avons décidé de le vendre à prix coûtant », explique la jeune fille de 19 ans. Les trois étudiants ont vendu plus d’une vingtaine de tee-shirts essentiellement à leurs proches mais comptent bien en vendre plus.

Enfin, pour d’autres, il s’agit de célébrer cette rencontre historique au moment où Singapour est sous les feux des projecteurs du monde entier.

Le Trump cocktail et le Kim cocktail, deux créations lancées par le bar Escobar. ©Escobar

Le Trump cocktail et le Kim cocktail, deux créations lancées par le bar Escobar. ©Escobar

« C’est le plus grand événement de l’histoire récente du monde et nous avions besoin de quelque chose pour lui rendre hommage », affirme Stan, le propriétaire du bar Escobar qui a conçu deux nouveaux cocktails aux noms des dirigeants. Le Trump cocktail et le Kim cocktail sont aux couleurs des drapeaux de leur pays respectif.

L’Escobar qui a été l’un des premiers bars à profiter de l’évènement pour réaliser dès la semaine dernière de nouvelles créations alcoolisées, envisage même d’inscrire à la carte les deux boissons désormais à succès. « Cela montre seulement que Singapour peut être fun et pleine de couleurs », conclut le propriétaire du bar.

 

Le Lycée Français de Singapour célèbre ses 50 ans.

En 1967, la Petite Ecole française de l'étranger est installée à Scotts Road. ©LFS

En 1967, la Petite Ecole française de l’étranger est installée à Scotts Road. ©LFS

C’est aujourd’hui et demain que se déroulent les festivités du cinquantenaire du Lycée Français de Singapour (LFS).

Dès ce matin, une cérémonie officielle qui se tiendra en présence de l’Ambassadeur de France à Singapour, Marc Abensour, du directeur de l’AEFE*, Christophe Bouchard et des représentants des autorités singapouriennes donnera le coup d’envoi des célébrations de ce jubilé.

Demain, l’établissement ouvrira ses portes pour permettre aux élèves et à leurs parents de découvrir plusieurs projets réalisés dans le cadre de cet anniversaire. Parmi eux, on compte plusieurs expositions photos qui retracent l’histoire du LFS, racontent la vie de l’établissement, témoignent de la vie du quartier et montrent 50 portraits d’élèves. Un film sur le modèle des frères Lumière intitulé « 50 ans, 50 courts métrages » sera également projeté dans l’amphithéâtre et met en avant le quotidien des deux campus d’Ang Mo Kio. A 9 heures débutera également une compétition d’escalade à laquelle devraient participer environ 200 jeunes passionnés. Et le tout en musique avec deux concerts donnés par les élèves. Enfin, cette matinée Portes Ouvertes se terminera par un discours du Proviseur, Christian Soulard et du Directeur Exécutif du LFS, Axel Foucault.

50 ans d’histoire

En 50 ans, l’établissement s’est évidemment beaucoup transformé. A l’époque, « La Petite Ecole française de l’Etranger » accueille quinze élèves. La structure est fondée en 1967* par une association de parents expatriés à Singapour et travaillant pour des entreprises françaises comme Michelin ou BNP. En 1976, la Petite Ecole devient l’Ecole française avant de prendre le nom du Lycée Français de Singapour en 1989.

Au fil des années, l’école s’est agrandie et a dû déménager à plusieurs reprises. D’abord situé dans les locaux de l’Alliance française à Scotts Road, l’établissement s’est ensuite installé à Draycott Park dans les années 70, puis à Bukit Tingii dans les années 80 et enfin sur son site actuel, à Ang Mo Kio en 1999.

Le LFS a toujours dû faire face à l’augmentation croissante de ses effectifs. Ces dix dernières années, le nombre d’élèves a même plus que doublé passant de 1328 en 2008 à 2824 en 2018. « Il faut rendre hommage à la politique menée par ce lycée, explique Christian Soulard, parce que cela a toujours été l’objectif du LFS de tout faire pour accueillir les Français arrivés à Singapour pour s’y installer et le lycée a rempli sa mission au service des Français, de la communauté française et des entreprises françaises. »

Et sa mission continue. « Lorsque le total d’élèves passera à 2900, nous nous préparerons à l’ouverture du nouveau projet immobilier pour la création d’un site pour la maternelle afin que le campus d’Ang Mo Kio 2900 regroupe tout le primaire et que celui d’Ang Mo Kio 3000 soit le site du secondaire », ajoute Corrine Petit, Secrétaire Générale du Conseil Exécutif du LFS.

Aujourd’hui, le LFS compte aussi 270 professeurs et 380 membres du personnels.

L'Ecole française se trouve à Draycott Park en 1980 avant de s'installer à Bukit Tinggi. ©LFS

L’Ecole française se trouve à Draycott Park en 1980 avant de s’installer à Bukit Tinggi. ©LFS

Les défis du LFS

L’internationalisation est clairement un objectif du LFS. Avec environ 10% de ses effectifs qui ne sont pas Français, le LFS souhaite s’ouvrir aux autres communautés. « C’est ancré dans l’ADN de l’établissement d’accueillir des élèves de d’autres horizons », précise Christian Soulard.

L’idée est aussi de « bien faire percevoir que l’éducation à la française est une éducation d’excellence qui permet de garder en poche tous les choix possibles », continue-t-il. Et de poursuivre, « à l’issue de la Terminale, il faut savoir que plus de la moitié des élèves partent faire leurs études supérieures hors de France. Le LFS donne les moyens aux élèves d’obtenir un bac français avec tous les éléments pour pouvoir intégrer un système universitaire français et anglo-saxon. »

Outre « le défi du numérique » et celui de « l’éducation à la responsabilité des futurs leaders de demain », le LFS s’attèle à la question de l’apprentissage des langues. « On est en train de réfléchir à la question pour redéfinir notre politique des langues, l’améliorer, et mettre une offre plurilingue pour répondre au mieux à la demande des parents », précise le Proviseur de l’établissement. Des annonces en ce sens devraient donc être faites prochainement.

 

 

*AEFE : L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger.

*C’est l’année scolaire 2017-2018 qui célèbre le cinquantenaire de l’établissement.