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Le chef Justin Quek © Justin Quek Martell

Justin Quek, le plus français des chefs singapouriens

Le chef Justin Quek © Justin Quek Martell

Le chef Justin Quek, à la tête du restaurant Sky on 57 © Justin Quek – Martell

Justin Quek aime mélanger les genres et c’est avec audace qu’il travaille les saveurs asiatiques avec les techniques culinaires françaises. Depuis 2010, le chef singapourien reconnu dans toute l’Asie dirige le restaurant Sky on 57 situé au dernier étage du Marina Bay Sands. L’établissement réputé pour sa vue panoramique est une grosse machine de 45 cuisiniers qui sert près de 600 couverts chaque jour. Mais avant d’avoir la tête dans les nuages au 57ème étage du plus célèbre hôtel de Singapour, c’est dans les calles de bateaux, trente ans plus tôt que le jeune Justin Quek a fait ses débuts en cuisine.

Lui qui a grandi dans le quartier de Queen Street où ses parents ont un étal de fruits, a des envies d’ailleurs. Alors après son service militaire, le jeune homme issu d’une famille nombreuse postule comme steward à bord d’un gros bateau de commerce. Derrière les fourneaux, il apprend à préparer des pâtisseries ainsi que quelques plats chinois. A chaque escale, il en profite aussi pour découvrir les spécialités locales : les pizzas en Italie, les tortillas au Mexique et le tofu en Chine.

 

Un détour par la France

De retour à Singapour, Justin Quek, 23 ans et les cheveux longs, est embauché par l’Oriental Hotel qui lui finance également une formation culinaire. Après une expérience à Bangkok, l’apprenti cuisinier rejoint à Singapour le restaurant Fourchettes dirigé par Bertrand Langlet. Ce chef français qui sera l’un de ses mentors lui conseille d’aller travailler en France, alors pendant près d’un an, Justin Quek prend des cours de français à l’Alliance Française. A 29 ans, le Singapourien qui vient de dépenser toutes ses économies pour financer son voyage, arrive à Paris, plein d’énergie et prêt à tout apprendre. De cette formation aux côtés de grands chefs cuisiniers français tels que Christian Constant, Jean Bardet et Roland Mazère, le jeune Justin Quek s’imprègne de leurs techniques culinaires mais retient surtout l’importance d’utiliser des bons produits, de saison. Il découvre la Vallée de la Loire et le canard de Challans, le Périgord et la truffe.

Sa carte de séjour arrivant à expiration, il retrouve sa Cité-Etat et devient le premier chef cuisinier asiatique de l’Ambassade de France à Singapour.

 

Une notoriété asiatique

Justin Quek se lance ensuite dans une nouvelle aventure et ouvre en 1994 avec un ami leur premier restaurant dénommé Les Amis à juste titre. C’est ensuite à Taipei et à Shanghai que Justin Quek lance deux nouveaux établissements La Petite Cuisine et Le Platane. Depuis près de 6 ans, il est à la tête du Sky on 57, restaurant moderne et sophistiqué dont l’emplacement lui confère une grande notoriété. Justin Quek vient également de lancer une gamme de sauces aux saveurs asiatiques sous la marque JQ.

Celui qu’on surnomme en cuisine le « Typhon » est à la fois strict et généreux dans sa façon de transmettre son savoir-faire. Et c’est avec fierté qu’il prépare pendant plus de 20 ans le dîner d’anniversaire de l’ancien Premier ministre Lee Kuan Yew.

 

Christophe Megel, président du Bocuse d'Or à Singapour.

Christophe Megel, un homme d’affaires en chef

Christophe Megel, président du Bocuse d'Or à Singapour.

Christophe Megel, président du Bocuse d’Or à Singapour. ©Christophe Megel

A deux mois de la prestigieuse compétition culinaire du Bocuse d’Or qui se déroule à Lyon les 27 et 28 janvier prochains, Christophe Megel conseille et encourage le candidat singapourien, Yew Eng Tong, actuellement chef du restaurant du Resorts World Sentosa, Ocean.

Car depuis 2002, le Français est en effet le président du comité local du Bocuse d’Or et prend son rôle très à cœur. « En dix ans et cinq participations, Singapour a remporté une médaille d’or, une d’argent et deux de bronze lors des finales régionales Asie-Pacifique », précise le chef Christophe Megel.

 

Des défis…

Le Français, originaire du pays de Bitche (Moselle) aime relever les défis. C’est ainsi qu’il devient à 28 ans chef exécutif du Ritz-Carlton Millenia à Singapour en 1999. « A l’époque, l’hôtel comptait plus de 600 chambres, 7 restaurants et était déjà le plus grand Ritz du monde », explique-t-il avant d’ajouter que les mauvaises langues du pays se demandaient combien de temps ce jeune Français allait tenir. Mais ses proches disent de lui qu’il est « invincible », « triomphant » et « visionnaire ». Christophe Megel est l’un des premiers chefs à avoir introduit le concept du brunch luxueux « avec homards, huîtres et champagne » à Singapour. Au Ritz, le succès est immédiat. « On a du organiser deux services afin de servir près de 500 couverts », se souvient-il.

 

…à Singapour comme ailleurs…

Avant de s’installer à Singapour, Christophe Megel cuisine dans les plus grands restaurants du monde. C’est d’abord au Louis XV de Monte-Carlo qu’il apprend le métier, formé pendant cinq ans par Alain Ducasse, chef aux multiples étoiles et devenu aujourd’hui un ami. Puis il s’envole pour New-York rejoindre l’équipe du Cirque, «  un des meilleurs restaurants d’Amérique du Nord », précise le Français. Là, il rencontre le patron de Samsung qui lui propose de le suivre à Séoul. Christophe Megel collabore alors avec le chef étoilé Alain Senderens qu’il représente en Corée du Sud. Le Mosellan ne quittera plus l’Asie. Issu d’une famille de restaurateurs à Reyersviller, il reçoit en 1996 le prix du meilleur jeune chef d’Asie à 26 ans. Il devient ensuite sous-chef exécutif du Ritz-Carlton d’Osaka au Japon avant de s’établir dans la Cité-Etat qu’il considère désormais comme « chez lui ». Sa femme est d’ailleurs d’origine peranakan (descendants des premiers immigrés chinois installés dans la région).

 

Et toujours plus de défis…

Toujours à la recherche de nouveaux challenges, Christophe Megel se lance dans l’édition et publie en 2004 des recettes  de cuisine « Asian Tapas : small bytes big flavors ». Dix ans après, « le livre en est à sa 6ème réédition, a été traduit en sept langues et vendu à environ 150.000 exemplaires », précise le chef.

En 2005, il s’essaie à l’enseignement et développe l’école de cuisine « At-sunrice » basée sur un système d’apprentissage à la française qui forme plus de 2.000 élèves aux diplômes d’état singapouriens. L’année dernière, Christophe Megel quitte cette « académie de chefs » pour « se réinventer dans le mécénat », dit-il. Il veut aider de jeunes entrepreneurs à se développer dans les métiers de la bouche. C’est ainsi par exemple qu’il conseille l’équipe du Bar-Roque Grill à l’hôtel Amara.

Dans son portefeuille, les cartes de visite sont aussi nombreuses que ses idées de projets. Le Français ouvre le 11 décembre une boulangerie » Do-main Bakery » au 226 Tanjong Katong road et envisage également de monter  une charcuterie. « Je ne m’arrête jamais », précise-t-il même s’il aime à dire qu’« il ne travaille plus ». Sans doute parce que aujourd’hui, le chef Megel ne cuisine plus que pour se faire plaisir.